‹ Odes et ballades (volume 3)Chapitre 63 sur 142 · LE CHANT DU CIRQUE · texte numérisé non relu

LE CHANT DU CIRQUE

Et poussant mille cris qu'un long bruit accompagne , Comme un fleuve épandu de montagne en montagne, De degrés en degrés roule le peuple-roi.

Les deux chaises d'ivoire ont reçu les Édiles. L'hippopotame informe et les noirs crocodiles Nagent autour du cirque en un large canal ; Dans leurs cages de fer les cinq cents lions grondent! Les Vestales en chœur, dont les chants se répondent, - Apportent Tau tel chaste et le feu virginal.

L'œil ardent, le sein nu , l'impure courtisane Près du foyer sacré pose un trépied profane.

On voile de cyprès l'autel des Suppliants.

A travers leur cortège et de rois et d'esclaves , Les Sénateurs, vêtus d'augustes laticlaves, Dans la foule , de loin, comptent tous leurs clients.

Chaque vierge est assise auprès d'une matrone. A la voix des tribuns on voit autour du trône Les soldats du Prétoire en cercle se ranger; Les prêtres de Cybèle entonnent la louange ; Et, sur de vils tréteaux , les histrions du Gange Chantent, en attendant ceux qui vont s'égorger.

Les voilà!... — Tout le peuple applaudit et menace Ces captifs , que César d'un bras puissant ramasse Des temples de Manès aux antres d'Irmensul.

lis entrent tour à tour, et le licteur les nomme ; Vil troupeau, que la Mort garde aux plaisirs de Rome, Et que d'un fer brûlant a inarqué le Consul !

On découvre en leurs rangs, à leur tête penchée, Des Juifs , traînant partout une honte cachée ; Plus loin t d'altiers Gaulois que nul péril n'abat ; Et d'infâmes Chrétiens, qui, dépouillés d'armures, Refusant aux bourreaux leurs chants ou leurs murmures, Vont souffrir sans orgueil et mourir sans combat.

Bientôt , quand rugiront les bêtes échappées , Les murs , tout hérissés de piques et d'épées ,

Livreront cette proie entière à leur fureur. — Du trône de César la pourpre orne le faite, Afin qu'un jour plus doux , durant l'ardente fête, Flatte les yeux divins du clément Empereur.

César, empereur magnanime , Le monde , à te plaire unanime , A tes fêtes doit concourir!

Éternel héritier d'Auguste , Salut! prince immortel et juste , César ! sois salué par ceux qui vont mourir !

Janvier 1824.

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