J8 LE CHANT DU T0UHX
La foui» éclate en paroles ; Les légères banderoles Se mêlent en voltigeant; Et le héraut du portique Sur l'or de sa dalmatique Suspend le griffon d'argent.
Les maisons peuplent leur faite ; Au loin gronde le beffroi ; Tout nous promet une fête Digue des regards du Roi.
La Reine à ce jour suprême A de son épargne même Consacré douze deniers , Et, pour l'embellir encore, Racheté des fers du Maure Douze chrétiens prisonniers.
Or, comme la loi l'ordonne , Chevaliers au cœur loyal , Avant que le clairon sonne , Écoutez l'édît royal I Car, sans l'entendre en silence , Celui qui saisit la lance N'a plus qu'un glaive maudit.
Croyez ces conseils prospères !
C'est ce qu'ont dit à nos pères Ceux à qui Dieu l'avait dit !
D'abord, des saintes louauges Chantez les versets bénis , Chantez Jésus, les Archanges, Et monseigneur saint Denis !
Jurez sur les Évangiles Que , si vos bras sont fragiles , Rien ne ternit votre honneur, Que vous pourrez, s'il se lève, Montrer au Roi votre glaive , Comme votre âme au Seigneur !
D'un saint touchez la dépouille !
Jurez , comtes et barons , Qne nulle fange ne souille L'or pur de vos éperons!
Que de ses vassaux fidèles , Dans ses noires citadelles , Nul de vous n'est le bourreau !
Que , du sort bravant l'épreuve , Pour l'orphelin et la veuve Votre épée est sans fourreau !
Preux que l'honneur accompagne, N'oubliez pas les vertus Des vieux pairs de Charlemagne , Des vieux champions d'Artus !
Malheur au vainqueur sans gloiiv Qui doit sa lâche victoire A de hideux nécromants !
Honte au guerrier sans vaillance Qui combat la noble lance Avec d'impurs talismans !
Un jour, sur les murs funestes De son infâme château , On voit pendre ses vils restes Aux bras d'un sanglant poteau ; Éternisant ses supplices , Les enchanteurs, ses complices, Dans les ombres déchaînés , Parmi d'affreux sortilèges , A leurs festins sacrilèges Mêlent ses os décharnés !
Mais gloire au guerrier austère!
Gloire au pieux châtelain !
Chaque belle sans mystère Brode son nom sur le lin.
Le mélodieux trouvère , A son glaive, qu'on révère,