‹ Odes et ballades (volume 3)Chapitre 68 sur 142 · C2 L'ANTECHRIST · texte numérisé non relu

C2 L'ANTECHRIST

Les astres se heurter dans leurs chemins de feu ; Et dans le ciel , — ainsi qu'en ses salles oisives , Un hôte se promène , attendant ses convives , — Passer et repasser l'ombre immense de Dieu.

Parmi les nations il luira comme un signe.

Il viendra des captifs dissiper la rançon ; Le Seigneur l'enverra pour dévaster la vigne , Et pour disperser la moisson.

Les peuples ne sauront , dans leur stupeur profonde , Si ses mains' dans quelque autre monde Ont porté le sceptre ou les fers ; Et dans leurs chants de deuil et leurs hymnes de fête, Ils se demanderont si les feux de sa tête Sont des rayons ou des éclairs.

Tantôt ses traits au ciel emprunteront leurs charmes :

Tel qu'un ange, vêtu de radieuses armes,

Tout son corps brillera de .reflets éclatants ,

Et ses yeux souriront, baignés de douces larmes ,

Comme la jeune aurore au front du beau printemps.

Tantôt , hideux amant de la nuit solitaire , >'oir dragon , déployant l'aile aux ongles de fer, Pâle , et s'épouvantant de son propre mystère ,

Du sein profané de la terre Ses pas feront monter les vapeurs de l'enfer.

La nature entendra sa voix miraculeuse.

Son souffle emportera les cités aux déserts ;

Il guidera des vents la course nébuleuse; 11 aura des chars dans les airs;

11 domptera la flamme, il marchera sur l'onde; On verra l'arène inféconde Sous ses pieds de fleurs s'émailler,

Et les astres sur lui descendre en auréole;

Et les morts tressaillir au bruit de sa parole , Comme s'ils allaient s'éveiller !

Fleuve aux flots débordés , volcan aux noires laves > Il n'aura point d'amis pour avoir plus d'esclaves; 11 pèsera sur tous de toute sa hauteur; Le monde , où passera le funeste fantôme , Paraîtra sa conquête et non pas son royaume ; Il ne sera qu'un maître où Dieu fut un pasteur.

Il semblera , courbé sur la terre asservie , Porter un autre poids, vivre d'une autre vie. Il ne pourra vieillir, il ne pourra changer.

Les fleurs que nous cueillons pour lui seront flétrie* ; Sans tendresse et sans foi , dans toutes nos patries 11 sera comme un étranger.

Son attente jamais ne sera l'espérance :

Battu de ses désirs comme d'un flot des mers , Sa science en secret envîra l'ignorance, Et n'aura que des fruits amers.

11 bravera l'arrêt suspendu sur sa tête ,

Calme comme avant la tempête ,

Et muet comme après la mort ; Et son cœur ne sera qu'une arène insensible Où, dans le noir combat d'un hymen impossible,

Le Crime étreindra le Remord !

Du temps prêt à finir il saisira le reste.

Son bras du dernier port éteindra le fanal !

Dieu , qui combla de maux son envoyé céleste , Accablera de biens te Messie infernal.

Couché sur ses plaisirs ainsi que sur des proies , Ses yeux n'exprimeront , durant son vain pouvoi. , Que la honte cachée au sein des fausses joies, Et l'orgueil qui se lève au fond du désespoir.

De l'enfer aux mortels apportant les messages , Sa main , semant l'erreur au champ de la raison ,

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