‹ Odes et ballades (volume 3)Chapitre 72 sur 142 · UN CHANT DE FÊTE DE NÉRON · texte numérisé non relu

UN CHANT DE FÊTE DE NÉRON

Enfant y on me disait que les voix sibyllines Promettaient l'avenir aux murs des sept collines , Qu'aux pieds de Rome, enfin, mourrait le temps dompté, Que son astre immortel n'était qu'à son aurore... — Mes amis! dites-moi combien d'heures encore Peut durer son éternité?

Qu'un incendie est beau lorsque la nuit est noire ! Érostrate lui-môme eût envié ma gloire.

D'un peuple à mes plaisirs qu'importe les douleurs? 11 fuit : i\c toutes parts le brasier l'environne... —

Otez de mon front ma couronne , Le feu qui brûle Rome en flétrirait les fleurs.

Quand le sang rejaillit sur vos robes de fête , Amis, lavez la tache avec du vin de Crète; L'aspect du sang n'est doux qu'au regard des méchants. Couvrons un jeu cruel de voluptés sublimes.

Malheur à qui se plaît au cri de ses victimes! 11 faut l'étouffer dans des chants.

Je punis cette Rome et je me venge d'elle !

Ne poursuit elle pas d'un encens infidèle Tour à tour Jupiter et ce Christ odieux?

Qu'enfin à leur niveau sa terreur me contemple!

Je veux avoir aussi mon temple , Puisque ces vils Romains n'ont point assez de dieux.

J'aî détruit Rome , afin de la fonder plus belle. Mais que sa chute au moins brise la Croix rebelle! Plus de chrétiens! allez , exterminez les tous! Que Rome de ses maux punisse en eux les causes, Exterminez!... — Esclave, apporte-moi des roses, Le parfum des roses est doux !

Mars 1825.

Page 1