‹ Odes et ballades (volume 3)Chapitre 74 sur 142 · A MON AMI S. B · texte numérisé non relu

A MON AMI S. B

Perseveraïuio.

Devise des Ducie.

L'Aigle , c'est le génie ! oiseau de la tempête Qui des monts les plus hauts cherche le plus haut faite; Dont le cri fier du jour chante Tardent réveil ; Qui ne souille jamais sa serre dans la fange, Et dont l'œil flamboyant incessamment échange Des éclair avec le soleil.

Son nid n'est pas un nid de mousse; c'est une aire, Quelque rocher, creusé par un coup de tonnerre , Quelque brèche d'un pic, épouvantable aux yeux, Quelque croulant asile , aux flancs des monts sublimes, Qu'on voit, battu des vents, pendre entre deux abîmes, Le noir précipice et les deux ï

Ce n'est pas l'humble ver, les abeilles dorées , La Verte demoiselle , aux ailes bigarrées , Qu'attendent ses petits , béants , de faim pressés ; Non ! c'est l'oiseau douteux , qui dans la nuit végète , C'est l'immonde lézard , c'est le serpent, qu'il jette Hideux aux aiglons hérissés.

Sid royal î palais sombre, et que d'un flot de neige La roulante avalanche en bondissant assiège!

Le génie y nourrit ses fils a\ec amour,

Et , tournant au soleil leurs yeux remplis de flammes , __ Sous son aile de feu couve de jeunes âmes , Qui prendront des ailes un jour !

Pourquoi donc t'étonner, Ami , si sur ta tête , Lourd de foudres, déjà le nuage s'arrête ; Si quelque impur reptile en ton nid se débat? Ce sont tes premiers jeux , c'est ta première fête : Pour tous autres aiglons, chaque heure a sa tempête , Chaque festin est un combat.

Rayonne ! il en est temps ! et s'il vient un orage , En prisme éblouissant change le noir nuage.

Que ta haute pensée accomplisse sa loi.

Viens , joins ta main de frère à ma main fraternelle. Poète, prends ta lyre; aigle, ouvre ta jeune aile; Étoile , étoile , lève-toi !

La brume de ton aube, Auai, va se dissoudre.

Fais-toi connaître, aiglon, du soleil, de la foudre. Yiens arracher un nom par tes chants inspirés, Viens; cette gloire, en butte à tant de traits vulgaires, Ressemble aux fiers drapeaux qu'on rapporte des guerres, Plus beaux quand ils sont déchirés !

Vois l'astre chevelu qui, royal météore , Roule, en se grossissant des mondes qu'il dévore; Tel , ô jeune géant , qui t'accrois tous les jours , Tel ton génie ardent, loin des routes tracées, Entraînant dans son cours des mondes de pensées, Toujours marche et grandit toujours !

I Décembre 1827.

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