LA MORT DE M'-^^ DE SOMBREUIL
Seigneur; je puis souffrir encore, Et je veux encor consoler.
« Je pars ; ayez pitié de ceux que j'abandonne ! Quel amour leur rendra l'amour que je leur donne ? ■Pourquoi du saint bonheur sitôt me couronner ? Laissez mon âme encor sur leurs maux se répandre ; Je n'aurai plus au ciel d'opprimés à défendre, Ni d'oppresseurs à pardonner ! »
Il faut donc que le juste meure !^ — En vain, dans ses regrets nommés.
Ont passé devant sa demeure Tous ses pauvres accoutumés.
Maintenant, ô fils des chaumières !
Payez son aumône en prières ; Suivez-la d'un pieux adieu. Orphelins, veuves déplorables.
Vous tous, faibles et misérables.
Images augustes de Dieu !
O Dieu ! ne reprends pas ceux que ta flamme anime. Si la vertu s'en va, que deviendra le crime ? Où pourront du méchant se reposer les yeux ? N'enlève pas au monde un espoir salutaire.
Laisse des justes sur la terre !
N'as-tu donc pas, Seigneur, assez d'anges aux cieux 1
i"-4 octobre 1823.
ODE dixie:me LE DERNIER CHANT
O muse, qui daignas me soutenir dans une carrière aussi longue que périlleuse, retoiurne maintenant aux célestes demeures !... Adieu ! consolatrice de mes jours, toi qui partageas mes plaisirs, et bien plus souvent mes douleurs !
Chateaubriand. Les MaHyrs.
Et toi, dépose aussi la lyre !
Qu'importe le Dieu qui t'inspire A ces mortels vains et grossiers ?
On en rit quand ta main l'encense ; Brise donc ce luth sans puissance !
Descends de ce char sans coursiers !
— Oh ! qu'il est saint et pur le transport du poëte.
Quand il voit en espoir, bravant la mort muette,
Du voyage des temps sa gloire revenir !
Sur les âges futurs, de sa hauteur sublime
Il se penche, écoutant son lointain souvenir ;
Et son nom, comme un poids jeté dans un abîme,
ÉveiUe mille échos au fond de l'avenir.
Je n'ai point cette auguste joie.
Les siècles ne sont point ma proie ; La gloire ne dit pas mon rang.
Ma muse, en l'orage qui gronde, Est tombée au courant du monde, Comme un lys aux flots d'un torrent.