IMPRECATION
« Honte ! opprobre ! malheur ! anathème ! vengeance ! Que la terre et les cieux frappent d'intelligence !
Enfin nous avons vu le colosse crouler !
Que puissent retomber sur ses jours, sur sa cendre,
Tous les pleurs qu'il a fait répandre.
Tout le sang qu'il a fait couler !
« Qu'à son nom, du Volga, du Tibre, de la Seine, Des murs de l'Alhambra, des fossés de Vincenne, De Jaffa, du Kremlin qu'il brûla sans remords, Des plaines du carnage et des champs de victoire. Tonne, comme un écho de sa fatale gloire, La malédiction des morts !
« Qu'il voie autour de lui se presser ses victimes î Que tout ce peuple, en foule échappé des abîmes. Innombrable, annonçant les secrets du cercueil. Mutilé par le fer, sillonné par la foudre. Heurtant confusément des os noircis de poudre. Lui fasse im Josaphat de Sainte-Hélène en deuil !
« Qu'il vive pour mourir tous les jours, à toute heure ! Que le fier conquérant baisse les yeux, et pleure ! Sachant sa gloire à peine et riant de ses droits. Des geôliers ont chargé d'une chaîne glacée
Cette main qui s'était lassée
A courber la tête des rois !
« Il crut que sa fortune, en victoires féconde, Vaincrait le souvenir du peuple roi du monde ; Mais Dieu vient, et d'un souffle éteint son noir flambeau, Et ne laisse au rival de l 'éternelle Rome Que ce qu'il faut de place et de temps à tout homme Pour se coucher dans le tombeau.
« Ces mers auront sa tombe, et Toubli la devance. En vain à Saint-Denis il fit paier d'avance
Un sépulcre de marbre et d'or étincelant ; Le ciel n'a pas voulu que de royales ombres Vissent, en revenant pleurer sous ces murs sombres. Dormir dans leur tombeau son cadavre insolent ! »
Qu'une coupe \'idée est amère ! et qu'un rêve Commencé dans l'ivresse, avec terreur s'achève ! Jeune, on livre à l'espoir sa crédule raison ; Mais on frémit plus tard, quand l'âme est assouvie.
Hélas ! et qu'on revoit sa vie
De l'autre bord de l'horizon !
Ainsi, quand vous passez au pied d'un mont sublime. Longtemps en conquérant vous admirez sa cime. Et ses pics, que jamais les ans n'humilieront, Ses forêts, vert manteau qui pend aux rocs sauvages, ■ Et ces couronnes de nuages
Qui s'amoncellent sur son front !
Montez donc, et tentez ces zones inconnues ! —
Vous croyiez fuir aux cieux... vous vous perdez aux nues !
Le mont change à vos yeux d'aspect et de tableaux ;
C'est un gouffre, obscurci de sapins centenaires. Où les torrents et les tonnerres Croisent des éclairs et des flots I
Voilà l'image de la £;loire :
D'abord, un prisme éblouissant.
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Puis un miroir expiatoire,
Où la pourpre parait du sang !
Tour à tour puissante, asservie.
Voilà quel double aspect sa vie
Offrit à ses âges divers.
Il faut à son nom deux histoires :
Jeune, il inventait ses victoires ;
Vieux, il méditait ses revers.
En Corse, à Sainte-Hélène encore.
Dans les nuits d'hiver, le nocher.
Si quelque orageux météore Brille au sommet d'un noir rocher.
Croit voir le sombre capitaine.
Projetant son ombre lointaine, Immobile, croiser ses bras ; Et dit que, pour dernière fête.
Il vient régner dans la tempête.
Comme il régnait dans les combats !
S'il perdit un empire, il aura deux patries. De son seul souvenir illustres et flétries. L'une aux mers d'Annibal, l'autre aux mers de Vasco ; Et jamais, de ce siècle attestant la merveille, On ne prononcera son nom, sans qu'il n'éveille Aux bouts du monde un double écho !
Telles, quand une bombe ardente, meurtrière. Décrit dans un ciel noir sa courbe incendiaire. Se balance au-dessus des murs épouvantés. Puis, comme un vautour chauve, à la serre cruelle. Oui frappe en s'abattant la terre de son aile. Tombe, et fouille à grand bruit le pavé des cités.
LES DEUX ÎLES igi
Longtemps après sa chute, on voit fumer encore La bouche du mortier, large, noire et sonore D ou monta pour tomber le globe au vol pesant
Mo, n,^ '' °" '^ ^°"'^,'' é^'^té^ en mitrailles.
Mourut, en vomissant la mort de ses entraiUe^
t-t s éteignit en embrasant !
Juillet 1825.
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ODE SEPTIÈME