‹ Odes et balladesChapitre 88 sur 152 · ÉCOUTE-MOI, MADELEINE · texte numérisé non relu

ÉCOUTE-MOI, MADELEINE

Pource aimez-moy cependant qu'estes belle.

Ronsard.

ÉCOUTE-MOI, Madeleine !

L'hiver a quitté la plaine Qu'hier il glaçait encor.

Viens dans ces bois d'où ma suite Se retire, au loin conduite Par les sons errants du cor.

Viens ! on dirait, Madeleine, Que le printemps, dont l'haleine Donne aux roses leurs couleurs, A, cette nuit, pour te plaire.

Secoué sur la bruyère Sa robe pleine de fleurs.

Si j'étais, ô Madeleine, L'agneau dont la blanche laine Se démêle sous tes doigts !...

Si j'étais l'oiseau qui passe.

Et que poursuit dans l'espace Un doux appel de ta voix !...

Si j'étais, ô Madeleine, L'ermite de Tombelaine Dans son pieux tribunal, Quand ta bouche à son oreille De tes péchés de la veille Livre l'aveu virginal !...

Si j'avais, ô Madeleine, L'œil du nocturne phalène, Lorsqu'au sommeil tu te rends.

Et que son aile indiscrète De ta cellule secrète Bat les vitraux transparents ;

Quand ton sein, ô Madeleine, Sort du corset de baleine, Libre enfin du velours noir ; Quand, de peur de te voir nue.

Tu jettes, fille ingénue, Ta robe sur ton miroir !

Si tu voulais, Madeleine, Ta demeure serait pleine De pages et de vassaux ; Et ton splendide oratoire Déroberait sous la moire La pierre de ses arceaux !

Si tu voulais, Madeleine, Au lieu de la marjolaine Qui pare ton chaperon, Tu porterais la couronne De comtesse ou de baronne.

Dont la perle est le fleuron !

Si tu voulais, Madeleine, Je te ferais châtelaine ; Je suis le comte Roger ; Quitte pour moi ces chaumières, A moins que tu ne préfères Que je me fasse berger I

14 septembre 1825.

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