‹ Odes et balladesChapitre 95 sur 152 · LA PÉRI · texte numérisé non relu

LA PÉRI

OÙ vas-tu donc, jeune âme ?... Écoute ! Mon palais pour toi veut s'ouvrir.

Suis-moi, des cieux quitte la route ; Hélas ! tu t'y perdrais sans doute, ' Nouveau-né, qui viens de mourir !

Tu pourras jouer à toute heure

Dans mes beaux jardins aux fruits d'or ;

Et de ma riante demeure

Tu verras ta mère qui pleure

Près de ton berceau, tiède encor.

Des Péris je suis la plus belle ; Mes soeurs régnent où naît le jour ; Je brille en leur troupe immortelle' Comme entre les fleurs brille celle ' Que l'on cueille en rêvant d'amour.

Mon front porte un ruban de soie ; Mes bras de rubis sont couverts ; Quand mon vol ardent se déploie.

L'aile de pourpre qui tournoie Roule trois yeux de flamme ouverts.

Plus blanc qu'une lointaine voile.

Mon corps n'en a point la pâleur'; En ^quelque lieu qu'il se dévoile, Il 1^'éclaire comme une étoile, Il l'embaume comme une fleur.

LA FÈE.

Viens, bel enfant ! je suis la Fée.

Je règne aux bords où le soleil Au sein de l'onde réchauffée Se plonge, éclatant et vermeil.

Les peuples d'Occident m'adorent.

Les vapeurs de leur ciel se dorent, Lorsque je passe en les touchant ; Reine des ombres léthargiques.

Je bâtis mes palais magiques Dans les nuages du couchant.

Mon aile bleue est diaphane ;

L'essaim des Sylphes enchantés

Croit voir sm* mon dos, quand je plane,

Frémir deux rayons argentés.

Ma main luit, rose et transparente ;

Mon souffle est la brise odorante

Qui, le soir, erre dans les champs ;

Ma chevelmre est radieuse.

Et ma bouche mélodieuse

Mêle un sourire à tous ses chants.

J'ai des grottes de coquillages ; J'ai des tentes de rameaux verts ; C'est moi que bercent les feuillages, Moi que berce le flot des mers.

Si tu me suis, ombre ingénue.

Je puis t 'apprendre où va la nue, Te montrer d'où viennent les eaux ; Viens, sois ma compagne nouvelle.

Si tu veux que je te révèle Ce que dit la voix des oiseaux.

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