‹ OdesChapitre 1 sur 1 · ÉDITIONS · texte numérisé non relu

ÉDITIONS

pM>> evue €5ëî r:

de la i^i^K^ ouvelle p*>> evue ^fcj rançaise ^S 3, rue de Grenelle 1@SS

Pu

AllliSI TO]fIB£]VT liJËH» F£UIl.Iii:S

Nulle feuille, au même rameau, Ne subsiste, une fois fanée, Et, soit de saule, ou bien d'ormeau, Chacune, un peu moins d'une année.

Ne connaît qu'un seul temps nouveau.

Mais, à la branche verdissante D'une printanière foison, Après l'autre une autre naissante Montre sa tendre feuillaison Au même point recommençante.

Ainsi tout arbre aux justes lois Du déclin ne se subordonne Que pour renaître, et, chaque fois, D'une intime et neuve couronne, Geindre le front des jeunes mois.

Et nous, aussitôt terminée Notre florissante saison.

Jamais de l'humaine journée Ne revient la germinaison Nous faire une autre matinée,

]\i jamais le même berceau Nous faire goûter d'âge en âge Le retour d'un printemps plus beau, Et, comme un annuel feuillage.

Remonter du même tombeau.

Or, avant la chute prochaine, Toute feuille, à l'arbre natal, Desséchée ou naissante à peine, Ne subit qu'un sort inégal Et qu'une durée incertaine.

L'une, dans sa faible primeur, Au gel attardé s'abandonne; L'autre, ayant fini sa verdeur, Jusqu'au bout, de l'extrême automne Éprouve l'exacte longueur.

Mais le vent non plus, ni l'orage, N'épargne, au plus fort de l'été, A celle qu'un superbe ombrage Préservait du ciel irrité, La rigueur du commun naufrage.

Et, froissée au rude élément Où sa maturité succombe.

Sous le coup d'un souffle inclément Elle meurt, se détache et tombe.

Et s'abîme en un seul moment.

liA TIG^i: KT liE CYPRSS

A la rose décroissante Qui jadis le resserrait, Flexible ensemble et pressante, Son labyrinthe secret,

Quel germe obscur substitue, Par plus d'un souple rameau, Une couronne tortue De tendre pampre nouveau?

Avec une grâce oblique, Il lisse, dès son départ, Mainte grotte bucolique, Équilibrée au liasard.

Puis, d'une pointe ingénue, J'aime à voir, toujours plus lent, Cyprès, comme il s'insinue Jusqu'à Ion faîte indolent.

Et, de ta mélancolie, Comme son feston léger Rend la noirceur embellie, Et le fardeau, passager.

Ainsi, discrète et pudique, La rose, selon les jours.

Le cède au pampre bacliique Dans nos changeantes amours.

Or, celui-ci, qui le tresse Un juvénile sarment.

Te comble, pour toute ivresse.

De son seul embrassement.

Son raisin, s'il en échappe A quelque oiseau vendangeur.

Il n'en colore la grappe Que d'une faible rougeur,

Ne gardant de sa substance Que ce qu'il faudra de vin Pour t'incorporer l'essence De ce breuvage divin.

A cette colonne torse Oui tient ton flanc revêtu Dès lors mesure ta force Et le poids de ta vertu.

Les traces de tes années, A ton front toujours vainqueur^ Se comptent, environnées D'une robuste verdeur.

Mais, du dieu qui te consume, Jamais, malgré son dessein, Tu n'exprimes l'amertume.

Sauf au dedans de ton sein.

C'est pourquoi, sans rien soustraire

A l'intérieur esprit

Qui d'une flamme contraire

Te consume et te nourrit.

Tu souffres, comme une offrande Entrelacée à tes bras.

Que vienne cette guirlande.

Avec un mol embarras,

Vers ton cœur, par aventure, Plus étroite se glissant, Te redoubler la ceinture De son pampre adolescent,

Ou, de ses nœuds recouverte.

Peut-être aux yeux retrancher Une blessure entr'ouverte Que tu te plais à cacher.

Ainsi, la vigne qui laisse, Pour consommer ton destin, Son amoureuse sagesse Te faire un autre matin.

Par son bandeau qui couronne Ton supplice enfin dompté, A vu ton superbe automne Sourire à la volupté.

Elle passe, et tu demeures; Laquelle viendra demain?

Qu'importe le cours des heures, Et leur sillage incertain!

Car, le manteau de lambruche Qui voile ton sombre feu, Quelque sinueuse embûche Qu'il te tende dans son jeu,

Ta droiture ne s'y prête.

Sans qu'il te puisse étouffer, Que pour autant que ta tête Va jusqu'au ciel triompher.

A DE BEAUX YEUX ABSE^fTS^

Amour, dont je suis consumé, Amour, qui me vois enflammé De plus de fureurs déplorables Que ne brûlèrent en secret Tant de princes voués au trait De tes flèches inguérissables;

Amour, dont je vis et je meurs, Seul réconfort de mes douleurs, Seule souffrance de mes joies; De qui, toujours te nourrissant, Deviennent ma chair et mon sang Les plus industrieuses proies;

Jusques à quand, de moi, vainqueur, Voudras-tu bourreler mon cœur De ton approche, et le supplice Au long de mes veines tissé, Où tu me retiens embrassé, Faudra-l-il un jour qu'il finisse;

Qu'un jour, sans regret ni désir,

Je ne puisse me souvenir

De ton mal ni de ses atteintes,

Et, plein de Ion délaissement, Amour exécrable et charmant, Te rendre ni grâces ni plaintes!

Tu m'as conquis, tu m'as blessé; Je me traîne, tout transpercé De cent perfections mortelles Qui me viennent sans cesse aux yeux Peindre un cortège merveilleux D'images tendres et cruelles.

Or, toujours plus les retirant Dans mon âme se déchirant A leurs pointes entrelacées, Je goûte l'amer désespoir A la fois de ne les avoir Toutes en moi-même embrassées.

Mais lorsque, te laissant fléchir, Tu me fais parfois ressentir Tes douceurs et leur abondance, Au lieu d'épuiser pleinement L'intérieur consentement Qui m'assure de ta présence,

J'appelle et je chéris tout bas D'autres beautés qui, dans mes bras Jamais peut-être abandonnées.

Me resserrent le piège, Amour, Où tu me surprends au détour De tes feintes empoisonnées.

Car, celui qui trop se complaît Dans quelque imaginaire objet.

Reconnaît ta toute-puissance

Bien moins à Ion enchantement Qu'à l'horreur de ce v^ain tourment Formé d'une éternelle absence.

N'importe, Amour, ce que je veux, C'est, frappé d'implacables feux.

Sur mon propre bûcher renaître.

Comme autrefois cet oiseau d'or De ses seules cendres, encor Le même savait reparaître.

Et plus redouble ton brasier.

Plus je veux me rassasier D'une ardeur toujours plus terrible.

Jusqu'à me sentir tout entier Fondre de moi-même au brasier De cette flamme inextinguible.

Beaux yeux qui m'avez enchaîné, Beaux yeux où je suis condamné, Fallail-il qu'un jour j'entrevoie, Vous qui m'avez sitôt dompté, La promesse de volupté Où votre azur sombre se noie ;

Et, sitôt m'éloignant de vous,

Ghers yeux si graves et si doux,

Qu'après moi, sans trêve à ma peine.

Je traîne toujours irrité

Le regret de votre beauté

Si proche ensemble et si lointaine!

Telle quelque bête aux abois, A travers l'espace des bois.

Croyant secouer sa blessure.

Et partout, à son flanc secret, Emportant le coup qui lui fait Une mortelle meurtrissure.

Laissez-moi, cependant, beaux yeux, Qui me voilez la mer, les cieux.

Et toute humaine créature, Vos traits, sous mon sein enfoncés.

Jusqu'au fond de l'âme fixés Avec leur intime morsure.

Ne me soyez jamais amis, Vous de qui je m'étais promis La guérison de ma souffrance, Si je ne dois plus dans mon cœur.

Comme prix de votre faveur.

Avoir pour vous qu'indifférence.

Car c'est loi, désir immortel,

Qui, de cet aiguillon cruel

Où tu viens par jeu nous contraindre,

Fomentes l'immortel souhait

D'un amour jamais satisfait

Qui brûle sans jamais s'éteindre!

A liA FO]lTAI]Vi: ni: VAU€IilIS£

Vaucluse aux belles ondes, Sous les voûtes profondes Qui vas tantôt baissant Ou l'accroissant;

Toi dont nulle lumière, Devant que la rivière Où tu mêles ton cours, Selon les jours.

Ait, de la haute issue L'abondance reçue, X'a connu le retrait Sombre et secret;

Je te prie, ô fontaine Sur toutes souveraine, Où, l'espace d'un soir.

Je vins m'asseoir.

Fais-moi, sous tes ombrages Retrouver les rivages Dits, chez les Anciens, Élyséens.

Ici, rien n'est qu'absence De peine et de souffrance; Ici, le temps coulant, Toujours plus lent.

Au lieu qu'il nous assure D'une avare mesure, Tarde, et toujours plus bas, Relient son pas,

N'inclinant sa balance Qu'avec rinterniillence Où d'un unique oiseau Le clair pipeau

Vient des heures égales Compter les intervalles, Et, d'un son triste et pur.

Scander l'azur.

Vois, par sa gorge affreuse, La grotte ténébreuse Qui s'enfonce au travers Dans les enfers.

Encor vierge et déesse, L'antique chasseresse, Sortant comme autrefois Du sein des bois,

Jusqu'aux flancs resserrée Par la nappe sacrée Qu'elle embrasse et revêt De son reflet,

Y cherche le mystère D'un miroir solitaire Dont l'épaisse froideur Plaise à son cœur.

Mais garde en sa présence De troubler le silence Où, nonobstant l'effort D'un mauvais sort.

Sœur d'Apollon jumelle, Artémis éternelle A notre esprit se rend Et nous apprend

Cette chaste science Par qui l'intelligence Confond au même honneur Nombre et pudeur.

Sitôt que son visage Aura subi l'outrage, En guise tu verras Venir d'en bas

La forme scélérate D'une fatale Hécate Qui, du gouffre profond, Monte et répond,

Puis, démasquanl sa face, Émerge, et nous retrace Les monstres infernaux Et tous les maux

Que chaque créature De l'humaine nature Va, de son meilleur sang, Toujours paissant.

Mais la vertu plus forte De Diane l'emporte, Qui par degrés reprend Son premier rang,

Et, d'un front magnanime.

Nous montre sous l'abîme, Le glauque enchantement Se refermant.

Que ne puis-je, Vaucluse, De ta sagesse infuse, Même éloigné de loi, Subir la loi î

Source à demi cachée, Ensemble rapprochée Et distante à demi Du ciel ami

Et de l'ombre où, pendante, Ta conque descendante Contenait ton décours A ses contours ;

Source de courtoisie.

Entre toutes choisie Pour sauver du tombeau Le nom si beau

De celui dont la dame Et l'amoureuse flamme Ont fait par l'univers Chanter les vers;

Convertis ma rudesse En l'exacte justesse Qui rompait à tes jeux Ses doctes feux;

Et, comme une autre Muse Dans tes ondes recluse, Insinue à mon cœur L'intime sœur

De la nymphe secrète Qui venait au poète Les grâces révéler Du doux parler.

Ainsi, couché naguères Sur tes pentes austères, La force et la clarté D'un jour d'été

Ont fait goûter, fontaine, A mon âme sereine.

Ton calme et ton bonheur Exempts d'erreur,

Quand la raison ailée Que tu m'as révélée Par rimmortel esprit Qui te nourrit,

Dans sa surabondance.

Comme une pure essence, Changeait mon être aux cieux Silencieux.

liinBES

Quel inverse paysage Absorbé par ton miroir, A mes regards, marécage, Réfléchissais-tu ce soir!

O Limbes! Champs-Elysées Où la lumière doutait Si les teintes irisées Que le ciel répercutait,

La flamme crépusculaire, Et son extrême brasier, Venait plutôt se complaire A vous en rassasier.

Sinon l'intime incendie Qui jusqu'au fond redoublait A sa rougeur engourdie Votre liquide reflet!

Somnolentes étendues, Abîmes indifTérents, Moires de rose fondues A vos parterres errants.

Pour enchanter davantage L'espace silencieux Qui vous rendait sans partage A d'insaisissables cieux,

D'aucune réminiscence Nulle brise sur les eaux N'interrompait votre absence Unanime de roseaux.

Telle, la barque opportune Balançait languissamment Sa passagère fortune Sur le mirage dormant.

Une forme adolescente, Pour annoncer le retour, La devançait, décroissante Selon la chute du jour.

Par instants, son pur visage.

Avec un sourire ami.

De l'un à l'autre, au passage, Se détournait à demi.

Mais aussitôt, à la proue, Svelte et haute s'élevant, Elle tendait l'autre joue A l'indolence du vent.

Or, celui qui tient la poupe, A l'heure où, vers ces canaux, Commence à poindre la troupe Des noirs esprits infernaux,

De quelle mélancolie.

De quel bonheur fugitif,

Aura son âme remplie

Le temps toujours plus hâtif,

Si la jeunesse qui passe D'un pied toujours plus léger, Vient un moment prendre place Sur son bateau naufrager.

Et sans savoir où l'entraîne, iVonchalanle et cadençant Une rame souveraine De ce royaume glissant,

Tandis que la mer fatale Ouvre toute à la splendeur De la pourpre occidentale Son entière profondeur.

Dès lors, en vaines fumées Que ne répète aucun bruit.

L'ombre exhale consumées La terre, l'onde et la nuit.

Encore celte escarboucle, Humide d'un feu glacé; Sur cette tempe une boucle Où brille un or effacé,

Puis sans contours ni méandres, L'univers, dans sa torpeur, Ne forme, devenu cendres, Qu'une invisible vapeur.

Et la barque, insoucieuse Du chemin ni du retard, Dans sa lenteur oublieuse.

Changeante au moindre hasard,

N'effleure, pour seule trace De l'équivoque élément Dont le frisson ne déplace Pas même son mouvement,

Qu'une lagune perdue N'ayant rivage ou milieu, Qui l'emporte suspendue Vers quelque sinistre lieu

Où, pour terminer sa course Et sa mortelle beauté, Elle irait boire à la source D'un insensible Léthé.

OJDE ËROTIQUC:

Ainsi, je vous aurai revus, Vous de qui je ne croyais plus, Tant voire beauté décroissante Chaque jour de moi s'éloignait, Pouvoir pénétrer le secret Ni la douceur compatissante.

De quel regard plein de froideur, Quand je vous disais la langueur Dont m'avait comblé votre absence, Et l'espoir toujours incertain Qui me berçait d'un jour procbain Où s'apaiserait ma souffrance,

De quel regard indifférent.

Lorsque, tout bas désespérant.

J'implorais votre âme inhumaine.

Beaux yeux qui balancez mon sort, Avez-vous pourtant tout d'abord Payé mon retour et ma peine!

Vous m'envisagiez de si loin, Moi qui n'avais bonheur ni soin Sinon de ne pas vous déplaire,

Que j'allais, sans autres détours, Vous abandonner pour toujours Et reprendre ailleurs ma misère.

Puis, soudain vous attendrissant Au feu de cet amour pressant Qui vous inspirait sa brûlure, J'ai vu, comme un premier souhait.

Je ne sais quel désir muet Vous faire une intime blessure.

Car vous n'aviez mis tant de prix

A vous reconnaître surpris

Par mes instances et ma plainte.

Que pour mieux vous laisser charmer

Et complaisamment désarmer

La rigueur de votre contrainte.

Ainsi je vous aurai tenus, De nouveau vers moi revenus, Sous mes yeux et leur seul empire, Et vos beaux regards consentants Où s'interposait par instants Un insaisissable sourire,

M'auront appris quelle faveur Sur vous pouvait prétendre un cœur Dont vous occupez la faiblesse, Et, faisant trêve à mon tourment.

Quel présage d'encbantement S'ajoutait à votre promesse.

11 est tard maintenant, tout dort.

Sauf ce cœur qui tremble si fort Qu'il rompt le nocturne silence.

Et, loin qu'il se veuille apaiser, S'enivre encore, à se briser.

De voire invisible présence.

J'ai vu votre splendeur languir, De fatigue, avant de dormir.

Et d'amour tout embarrassée.

Mais vous êtes là désormais.

Toujours les mêmes, je le sais.

Sous votre paupière abaissée.

Dormez contre moi, mes beaux yeux, Dormez jusqu'au jour, oublieux De toute pensée importune ; Moi, je songe au destin jaloux Qui va me séparer de vous Et me rendre à mon infortune.

Et vous que j'aurai tant pressés De mes baisers, et caressés D'une même lèvre enflammée :

Front où règne tant de blancheur, Bouche qui me soufflais la fleur De ton haleine parfumée,

Noirs cheveux au contour serré, Teint vermeil comme un fruit doré.

Toutes beautés qui n'êtes qu'une Où mon âme en tout se complaît.

Et pour moi que l'unique objet D'une amour diverse et commune;

Moi qui fus ici voire amant,

Se peut-il qu'il vienne un moment.

Qu'une heure s'annonce prochaine,

Où vous ne serez de nouveau, Gomme suite à ce jour si beau, Que la trace d'une ombre vaine!

Rouvrez-vous plutôt, mes cbers yeux, Rendez-moi l'azur de vos cieux, Rendez-moi cette mer profonde Où, pencbé, d'un seul trait je bois Votre philtre, et tout à la fois L'oubli de moi-même et du monde.

Dussiez-vous me hâter l'instant Et le coup d'un sort trop constant A recommencer mon supplice, Mes chers yeux, qui me ravissez Le temps qu'à dormir vous passez, Rouvrez-vous plutôt, que je puisse.

Encore, sans jamais finir D'épuiser votre souvenir, Vous confondre par tout mon être.

Puis, vous laisser, désespéré, Mais de vous toujours altéré, Pour ne plus vous revoir peut-être.

OARISXYS

Profonde chair dévoilée Dont la secrète impudeur, A travers l'ombre étoilée, Me livrait toute sa fleur;

Chair accueillante et si douce, Qui prêtais à mon désir De ce velours que la mousse, Avant d'aller s'épaissir,

D'abord à nos lèvres glisse, Comme pour mieux apaiser Leur sombre soif au délice De son fugitif baiser;

Auras-tu, chair bienheureuse.

En toi gardé seulement De cette nuit amoureuse Le moindre frémissement,

Et l'onduleuse prairie Oui renversait à mes veux Sa haute couche meurtrie Sous ton poids délicieux?

Une lune décroissante, Jusqu'à l'extrême horizon.

S'évaporait, rougissante Aux confins de ce gazon

Où, sur la molle pelouse, Tu répondais à l'ardeur, O perfection jalouse De la nocturne splendeur,

Que tant d'étoiles pressées Montrent, toutes à la fois.

Par leurs flammes embrassées.

Scintillante au front des bois.

Mais leur ivresse éblouie.

Les bois obscurs, leur senteur, O cbair presque évanouie Dans son éparse blancbeur;

Et ces mains abandonnées A mon suprême dessein, Qu'aux miennes emprisonnées Je retenais sur mon sein.

Ni ce visage farouche, Ces boucles, ce col renflé, Ni celte plaintive bouche Et son murmure exhalé.

Qu'était-ce, et leurs faibles armes.

Ou tour à tour, leur fureur, Surtout aux prix de tes charmes Et de leur vaine rigueur,

Unique chair palpitante De ton rythme enfin dompté. Qui te mourais, consentante Au feu de la volupté !

De moi-même insoucieuse.

Comme le soir, du matin.

Que toute chair oublieuse Poursuive un autre destin.

Qu'importe, c'est dans mon ûme Que distille en traces d'or L'essence où votre dictame Exprimait son pur trésor,

Ciel d'été, lune lointaine, Cimes dont la frondaison Laissait entrevoir à peine Sa molle terminaison.

Et toi, jeunesse brûlante, Beaux membres qui, dans mes bras, Pleins d'une force indolente.

Cherchiez un nouveau trépas,

Tandis que, sous le mystère De ces espaces touffus.

Un rossignol solitaire.

Parmi les branches confus.

Saisi d'un autre délire, Vers le silence des cieux, Suspendait à son martyre L'univers mélodieux!

Au Jardin de la Fontaine, Reviendrons-nous quelque soir, Quand l'ombre déjà prochaine Tisse une cendre incertaine.

Près des bassins nous asseoir?

A la Fontaine de Nîme, Rappelle-loi ce versant Où, dans leur plainte unanime, Les pins délivrent leur cime D'entre l'azur bruissant.

En suspens sur les terrasses Tu te complaisais h voir Y superposer par places Ses majestueuses grâces Maint tranquille promenoir.

Jusqu'aux hanches dans sa gaine Un Terme pris modulait, Toujours d'une même haleine Indilîérente et sereine, Son antique llageolet.

Mais, sans gravir les baliistres Où, s'accoudant, nous laissions Vers nous, après tant de lustres, Pencher ces siècles illustres En molles inflexions;

Sans écouter cette flûte, Ni le faune insoucieux Oui n'inclinait vers sa chute Jamais la vaine dispute Du pipeau silencieux ;

Tu ne voyais autre chose Sur le liquide berceau Où, de marbre à demi close, La fontaine se repose.

Que ton visage dans l'eau.

O chevelures profondes Qui poursuivez longuement A vos pointes vagabondes La naissance de ces ondes Et leur secret mouvement,

De quelle nymphe tardive Dispersait à ses rameaux Votre liane évasive La ressemblance captive Sous vos mobiles réseaux,

Qui ne fût le seul ouvrage De cette sombre beauté Dont le plus subtil passage Sur votre intime mirage Tenait mon cœur enchanté !

Une extrême branche à peine Au gouffre transparaissant Cherchait l'ombre souterraine Qui par degrés la fontaine Allait ensevelissant

Parmi ce glauque mystère Où jusqu'au ciel, s'il se plaît Dans son antre solitaire, Nulle source ne diffère D'avec son propre reflet.

Puis, confondue à l'absence Où se change toute nuit, Son invisible apparence N'ajoutait plus au silence Même un fantôme de bruit.

Demain, bien des jours encore, Sous un ciel couleur de fleur.

Celle-ci, d'une autre aurore Verra le sourire é clore Et la naissante douceur.

Et toi, quel autre rivage Aura son onde embrassé, Oui rassemblait ton visao^e A ce rapide sillage Presque aussitôt effacé?

Temple doré, colonnade, Cygnes, festons de roseaux, Rampes où la balustrade Mène sa noble parade Penchante sur les canaux,

Jardin de marbre, ô musique, O délice, ô volupté !

Tendre concert bucolique Qui tourne en un pur cantique Son équilibre accepté!

Un dieu caché vous anime.

Il demeure, et nous passons; Et votre chœur magnanime Surmonte toujours l'abîme Où toujours plus nous glissons.

Mais, votre source hâtive.

Serait-ce toi, mon amour, Dont l'empreinte fugitive.

Après son miroir d'eau vive, S'évanouit sans retour?

ivocTURiyi:

Au poids de quels autres couples Celte meule, et son retrait Où, de tous ses membres souples, S'allonge ton corps secret,

A-l-elle, partout creusée D'anciens embrassements, Sa molle couche évasée, Et pour quels autres amants?

Qu'importe, de blé superbe Ou de foin d'hier dressé, S'il ne reste qu'une gerbe.

Ou quelque amas trop pressé.

Pourvu qu'y puissent nos têtes Rejointes se reposer.

Et nos lèvres, toujours prêtes A leur mutuel baiser.

Ne plus charmer qu'elles seules Étroitement à travers La chaude senteur des meules Et vos seuls baumes divers,

Bouche, poitrine glissante, Force de ces durs genoux, Chevelure adolescente.

Contours aux replis jaloux,

Et vous, qui m'êtes offertes Pour couronner mon ardeur, Beautés bientôt découvertes Dans leur plus intime fleur!

Sur sa lassitude heureuse, Laisse, avant de t'endormir.

Cette épaule langoureuse A mon épaule fléchir.

Là-bas, la ville qui fume Sous l'horizon rougeoyant.

Exhale un voile de brume Vers les étoiles d'argent.

Rien qu'une immense campagne, Brillante encore du jour.

Ne protège et n'accompagne L'échange de notre amour;

Et la meule fraternelle Où tu ne peux disputer De tes ivresses laquelle Sur l'autre vient l'emporter,

Soit l'amoureuse indolence, Soit le vertige léger Qui sur le foin mùr balance Parfois ton lit passager.

T'inspire la même extase Qu'une estivale maison Où jusqu'aux tuiles s'écrase Une épaisse fenaison,

Et qui, nous prêtant son ombre, Refermerait sur nous deux L'odeur étouffante et sombre De ses greniers basardeux.

Mais, cette vague nature, Son silence, et, par instants, On ne sait plus quel murmure De ces chaumes chuchotants,

Mais cet univers complice, Lorsqu'à tes flancs embrasés.

Redoublent ton cher supplice Mille démons attisés,

Quel ciel plus vaste et plus tendre Pourrait, dans sa profondeur, Une nuit encor nous rendre Leur mystérieuse horreur

Et ces beaux astres ensemble Que tu vois sur nous pencher.

Si bien enfin qu'il te semble Qu'ils vont au front te toucher.

A l'heure où, comme un abîme Qui vient consommer ton sort, Tu cherches au ciel sublime La voluptueuse mort.

STAIVCES A liA RITIKRE SORGU£

Sorgue, belle rivière allongée et glissante,

Oui romps à tes contours Les chemins et Tombrage où ton onde pressante

Commence son décours;

Irai-je une autre fois m'asseoir sur cette rive,

Et ton miroir secret, Pourrai-je retrouver la couleur fugitive

Que le vent lui prêtait?

C'est là, non loin du gouffre où tu reprends naissance,

Que, par un jour d'été.

Pour mieux voir à travers ta liquide abondance,

Je me suis arrêté.

Là, sans jamais tarir, tu t'amasses, formée

De cent ruisseaux épars Qui viennent par surcroît ta nappe accoutumée

Grossir de toutes parts.

Puis, à toi seule enfin convertie et rendue,

Tu montres jusqu'au fond Leur confuse affluence égale et répandue

Sur ton bassin profond.

Ainsi tu t'épanchais, et l'unanime espace

Où ton nom s'accomplit.

Laissait, d'un prompt regard, monter à la surface

La hauteur de ton lit.

Si bien qu'on ne savait, ou de ta transparence

Ou de ton élément, Qui des deux imprimait à leur commune essence

Le premier mouvement.

Et c'est alors, penché sur la molle prairie

Aux flexibles réseaux, Dont la cime innombrable à ton courant nourrie

S'incline sous les eaux.

Qu'elle affleura vers moi comme une ombre au passage.

Celle-là qui depuis.

Tient tout mon être, avec son onduleuse image.

Plein d'amoureux ennuis.

Elle avait la longueur sinueuse et timide

Des sources aux beaux bras Que Jean Goujon coulait dans leur marbre fluide

Et leur chaste embarras,

Ces négligentes mains, ces membres que décore

La grâce, de ses traits, Et qui vont empruntant à leur contrainte encore

De plus rares attraits,

Et ces jambes aussi de chasseresse antique.

Ces pudiques genoux Qu'on devine plutôt au pli de la tunique,

Sous leur voile jaloux.

Tantôt, à même l'onde et sa fuite indolente.

N'ayant, sans autres soins.

Que sa blancheur native aux nymphes resssemblante.

Et moi pour seuls témoins,

Je la voyais se fondre et tantôt transparaître

Au soleil de nouveau.

Puis, s'évanouissant, l'instant d'après renaître

De son glauque berceau,

Ou bien droite, et son corps supportant tout entière,

Sur sa pointe élancé, Sa beauté tout ensemble et noble et familière

A son orteil dressé.

Mais lorsque, de plus près, pour la sentir pressée

Et souple entre mes doigts, J'eus, vers ses jeunes flancs, dans le vide avancée

La moitié de mon poids.

Au lieu de ramener l'enfantine sirène

D'en bas contre mon sein.

Rien qu'un peu d'eau, mêlé d'un peu d'herbe incertaine.

Me resta dans la main.

Rien n'avait retenu ses traces expirées

En invisibles jeux, ?si cette joue étroite et ces boucles dorées,

Ni l'azur de ces yeux.

Ni cette lente épaule, et ces lèvres muettes

Dont la tendre langueur, Gomme un baiser gonflé de larmes toutes prêtes.

S'enfonçait dans mon cœur.

Et je doute, aujourd'hui que son lointain visage

En moi pleure et sourit, Quelle forme entrevue, ou quel autre mirage

Me ravissait l'esprit.

Sinon toi-même, Sorgue, au regard devenue

Ton fantôme charmant Et l'intime reflet de ta naïade nue

Oui scintille un moment,

Avant que d'aller faire une fin magnanime

Au fleuve immense et fier Dont la course avec lui t'emporte vers l'abîme

De l'éternelle mer.

Achevé d' imprimer : le texte par Coulouma, à Argenteuil, II. Barthélémy, directeur, et le portrait par Vernant et Dollé, imprimeurs en taille-douce, à Paris, le vingt septembre mil neuf cent vingt-deux.

jL

ri* ,'

^ ains d

; e est oroé d'un port ':■ ext^Tiplaires sur papk

]'.;iîM:w^ originale avec iih' poi-t .' ''' '.

GEORGES OABOBY

Page 1