‹ Odes funambulesques (volume 2)Chapitre 12 sur 63 · ÉVEIL · texte numérisé non relu

ÉVEIL

ue la Némésis, cette vieille portière, en poste et regarde à travers la portière rbres fabuleux faits comme ceux de Gham, )ns Chandernagor, Pékin, Bagdad ou Siam

ien de plus difficile que de faire comprendre, après dix ans, aiisanterie parisienne. Autant vouloir transvaser cette essence s que Smyrne enferme dans des flacons bariolés d*or. Ici, ce s vivants qui vont le plus vite ! On ne Ta point oublié, en

Posséder ses appas, vieux comme sainte Thëcle, Et désabonnons-nous le plus possible au Siècle. Ne pleure pas, public qui lis encordes vers.

Je ne te dirai pas : Les raisins sont trop verts; Et, quant à s'en passer, je sais ce qu'on y risque ; J'ai fait pour toi l'achat d'une jeune odalisque. Celle qui part était infirme à force d'aiis : Elle boitait; la mienne a ses trente-deux dents, L'œil vif, le jarret souple : elle est blanche, elle est nue Charmante, bonne fille, et de plus inconnue.

Elle a le col de cygne et les trente beautés Que la Grèce exigeait de ses divinités.

Et ce ne sont partout, sous sa" robe qui pouffe, Que cheveux d'or, que lys et que roses en touffe. La voilà présentée, et, mon bras sous le sien.

1846 nilustre collaborateur de notre Môry donnait au public mf^ ^ nouvelle Nêmésis , accueillie par Le Siècle, qui publiait régulière-^ •: ment chaque dimanche une de ces belleB satires. Après avoir aeçom- . ' pli pendant longtemps son travail surhumain, M. Barthélémy, fatigua- r et souffrant, obtint un congé de quelques semaines. C'est alors qu'un, petit journal de ce temps-là, La Silhouette (il est allé où va la feuille f de laurier,) inventa cette ironique et frivole Ëvohé pour remplir, pré- j tendait-il, Tintérim de Néhésis. Mais tout cela semble aujourd'hai s'être passé avant la guerre de Troie. neiges d'antan ! {Note de la \ première édition.) :

ODES FUNAMBULESQUES. 7i

Nous allons tous les deux, pareils au groupe ancien D'une jeune bacchante agaçant un satyre, Du mieux que nous pourrons jouer à la satire. Nous savons, aussi bien que feu Barthélémy, Sur la lyre à dix voix trouver Yut et le mi.

Allons^ parmi les chants, les cris et la tempête, ' ma folle, ô ma Muse, embouche ta trompette Qui fouette les carreaux comme un clairon de Sax ; Sur ton front chevelu mets le casque d'Ajax, Galope et fais claqiier sur les peaux les plus chèreç Ton fouet et son pommeau ciselé par Feuchères ! Lesbienne rêveuse, éprise de Phyllis,

Tu n'as pas, il est vrai, célébré S ,

Ni fait de Giraudeau ton souteneur en titre ;

Ni dans des vers gazés, qui font rougir un pitre,

Fait éclore, en prenant la flûte et le tambour.

Un édit paternel pour les filles d'amour ;

Ni, comme l'Amphion de ces pignons godiches,

Fait surgir à ta voix les colonnes-affiches.

Mais enfin, c'est par toi qu'un jour le Triolet

Ressuscita des morts et resta ce qu'il est.

Et pour mieux mettre à vif nos modernes Linière,

Devint une épi gramme aiguisée en lanière;

On a su par toi seule, en ce Paris élu,

Ce que valent Néraut, Tassin et Gredelu ;

Sur ton Rondeau tel barde, imprimé vif chez Claye,

S'est vu traîner vivant comme sur une claie,

Et par toi ce bel âge apprit, en même temps.

Qu'un nouvel Arcftiloque est âgé de huit ans.

Yois, le siècle est superbe et s'offre au satirique : Géronte dans le sac attend les coups de trique. Et sera trop heureux. Muse aux regards sereins, Si tu lui fais l'honneur de lui casser les reins. Regarde autour de toi ces mille nids d'insectes Qui fourmillent en paix dans des fanges suspectes. Et que tu vas fouler aux pieds de ton coursier I Messaline, ta sœur, l'amante aux bras d'acier. De qui trois cents Romains composaient l'ordinaire^ Ne serait aujourd'hui qu'une pensionnaire.

Et pourrait concourir pour le prix de vertu.

Les nôtres ont un Chude imbécille et torfu.

Qui, toujours généreux au degré nécessaire.

Pour les faire oublier donne tant par ulcère. Quelle est la Cléopâlre à trois cents francs par mois^

I^ont l'Antoine en gants blancs, venu de TAngoumois, N'ait pas tous les huit jours quelques perles à fondre? Lorsque Antoine est mangé, Cléopâtre vers Londre ^ole comme un oiseau, sur l'aHe du steamer, ïlt, de Waterloo-Road affrontant la rumeur, ï^nise à ces fonds secrets que, pour ses amourettes, La perfide Albion avance à nos lorettes.

Demande au soleil d'or, qui mûrit les cotons, Combien notre Opéra, refuge de gothons, fin dévore en un soir pour un ballet féerique, Et demande à Sappho, la Lélia lyrique.

Dont la lèvre du vent rougit les froids appas. Si, par quelque hasard, elle ne saurait pas Quels timides aveux et quelles confidences, > Au mépris de Tarchet enragé pour les daiïses. Nos petites Laïs, dans les coins hasardeux.

Au bal Valentino chuchotent deux à deux?

Alcippe a le renom d*un homme littéraire.

Il gagne peu d'argent. Est-il pauvre? Au contraire. Sa femme, une poupée aux petits airs souffrants, En cailloux de princesse a deux cent mille francs. Et, dès le grand matin, porte pour ses sorties

74 omff f^u»»iih9^m%

Pç$ bottijaes de spia #n couleurs ^sporti^ A la TQbe 4u jour* Ateippç a à^i^ bi»^m^

Et (}^ petits habits qui plis^ojt mv le dçs j^

Madame a son lu94iî «'e^t ua gro^m ap UTfâf Qui porte à la JE^rue, à bpo 4raj[t (epivré9t Les iartipes d'Alc^ppe, et ces épauiL pr^fc^iij^ Ont leur loge au Q^nase j»t leur loge sm^ S^fiifKl. Alcippç^ hoimm de ^oût, poeta et drm^slt, Est un original extr$iwi39^ttt artiste f il croit slQci^reQient devoir à son travail Les dollars que piadaïQu^ a trouvés en détaiji Sous les petits coussin d'un^ annie un p^u ïï^V^y Dont pour aucu^ de uqus le l)oudQir n# se iQiur^. Si pourtant le mari, qu^ favorise uu di^U^ Veut s'étouuer» luadAine, en souriant uu peu. Répond qu'elle a g[agné cet ^geut à la Bouffi . En peut-on à ce ppiut mécpunjiltre la s^rc^ ! L'ange de^ actions, que chacun invoquait, Manque ^ présent de tout, ainsi que Bilboquet ; Et la hpurse où u^adame a gagné^ c'est la nôtre : C'est l^ maigreur de^ uus qui lait un ventre h Vmtre. Damou,..J)f9i;5 k quoi bon fatiguer votre voixl

ÔDE9 FUHAMiULESQUEd. 75

Muse, n'essayons pas dp peindre en une fois

Les immoralités de ce siècle bizarre.

Nous en avons de reste an quartier Saint^Lazare,

Pour remplir largement tnpis mille feuilletons.

Tant de taureaux de Qrëte et de serpents P}||^ns

Se dressent à Tenyi dans ce grand marécage,

Que nous demanderohs du temps pour mettre en cage

Ces monstres de féerie, et pour bien copier

Leurs langues de drap rouge et leurs yeii^ 4§ P^Pi^r.

Voyez les Auvergnats, les pairs, les gens de lettres,

Les Tom-Pouces âgés de quatre centimètres.

Le lézard-violon, le hanneton-verrier,

Le café de maïs, l'annonce Duveyrier,

Le journal vertueux, Aymé, dentiste équestre.

Et là-bas Mirliton qui s'érige en orchestre t

Hilbey I Carolina I Toussenel t le guano I

Et M angîn I §t Glairville 1 ^t fmttf^ Cbicoisne^u i

Et h Howm I et Madrid 1 et l'Odéon \ et Rolie 1

Et le nez 4e Guttièrel et Buloz! et l'École

Du Bon-Sens t et le Ba) d^s Chiens I et le JQ^mQl

Des Chômeurs t lanln même» aidé de Jnvénal,

Y perdrait son latta. Voyei^i mademoiselle.

Ce qui vous reste à faire, et déployez du zèle. Quand, rouge de plaisir et les yeux étoiles.

Ton cheval et ton casque au vent échevelés, On te verra courir, ô Muse jeune et folle 1 Les critiques eux-même, et les plus vieux, et Rolle, Te suivront d'un regard lascif, ô mes amours I Oubliant qu'ils sont vieux et le furent toujours !

Novembre 1845.

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