‹ Odes funambulesques (volume 2)Chapitre 26 sur 63 · L'ANCIENNE SALLE · texte numérisé non relu

L'ANCIENNE SALLE

Avec une galté rare Alors je vous amusais.

Puis je grattais ma guitare, Et je disais... je disais:

Digue, digue, don.

Refrain de Kelm.

LE LUTIN, au Bourgeois. '

Eh bien, que dites-vous de sa voix?

LE BOURGEOIS

Fort touchante.

Pour moi, sac à papier t j'aime ce qu'elle chante! Oui, cette ancienne salle a vraiment Tair ouvert! Mais, ma foii son costume est trop jaune et trop vert!

Avec galanterie aa Latin.

Quoiqu'elle vaille moins que ce qu'elle dérobe. Mon cher petit démon, j'aime mieux votre robe!

LE LUTIN, montrant l'Ancienne Salle.

Eh I qu'importe ! elle a su venir au bon moment t Mais je parais, et d'elle il reste seulement, ^oyez! cet art bouffon qui fit sa jeune gloire!

^^r le mot yoyeZi un changement de costnme s'exécute à vue. Le person- °^SQ représentant l'ancienne salle des Folies Concertantes disparaît et laisse ^o^r à sa place on comédien vêtu d'un splendide costume bouffon.

LE COMÉDIEN BOUFFON

Oui, c'est moi, me voilà ! Vous savez mon histoire. '^ naquis près des dieux antiques^ mes voisins, Sur un lourd chariot couronné de raisins !

^uis, sur tous les tréteaux et sur toutes les planches ^'ai fustigé le vent de mon rire aux dents blanches ! ^^ lançant, comme dit Hamlet : « des mots, des mots ! » ^*ai distrait quelquefois le passant de ses maux! Polichinelle et clown, j'ai su, qu'on s'en souvienne,

Joindre à Thumour anglais la verve italienne !

J'aurai fini ma tâche et rempli mon devoir,

Si vous voulez aussi vous égayer à voir.

Au bruit de la crécelle et du tambour de basque.

Frissonner ma crinière et grimacer mon masque t

Cherchez- vous la maison de Scapin? c'est ici!

Et les enfants seront les bienvenus aussi i

gatté t dans ce temple heureux où tu t'installes,

Nous avons peint des fleurs et rembourré des stalles /

ÂQ public, avec conTiction.

Messieurs, sur ces dossiers vraiment miraculeux. Vous pourrez à loisir rêver des pays bleus f Ces frêles ornements, ces riches arabesques.

Où court la fantaisie en dessins pittoresques,

Trahissent le cachet de leur peintre, qu'en bon .^ i Français il faut nommer... • [

LE BOURGEOIS f

Il faut nommer...

LE GOUÉDIEN BOUFFON.

Craignez- VOUS que jamais le bon goût ne rature Ces chefs-d'œuvre?

ODES FUNAMBULESQUES. iU

LE BOURGEOIS

Parlons un peu littérature.

LE COMÉDIEN BOUFFON

Nos acteurs?

Ghacnn des personnages qn'il nomme tonr à toar entre en scène à mesure qne son nom est prononcé j puis tons finissent par former on tableau d'an aspect bonfifon et poétise.

Ils mettront la critique aux abois.

Quoiqu'ils soient si jolis, ils ne sont pas de bois !

Voyez I c'est Arlequin avec sa Colombine,

Ce joli couple en qui le poëte combine

L'âme avec le bonheur se cherc}iant tour à tour,

pt ridéal avide, en quête de l'amour I

Voici Léandre encor, voici Polichinelle,

Un gaillard vicieux comme la Tour de Nesle!

Et le plus grand de tous, calme comme un Romain Le plus spiritupl, le plus vraiment humain.

Formidable, et toujours plus grand que sa fortune. Mon eher ami Pierrot, le cousin de la lunef Isabelle ! oiseau bleu qui chante en sa prison f Et Cassandre tremblant, sot comme la raison t

L£ BOURGEOIS

Et qae racontent-ils?

LE LUTIN

Une histoire profonde, Toujours vieille et toujours jeune, comme le monc Colombine, cet ange au souple casaquin, A laissé ramasser son cœur par Arlequin, Un don Juan de hasard, qui, gracieux et leste, Fait chatoyer sur lui tout l'arc-en-ciel céleste ! Restez, dit la Raison ; fuyez, leur dit l'Amour f Par les champs d'épis mûrs, baignés des feux du J Par les noires forêts, par l'azur des grands fleuves. Ils vont t Mais soutenus dans toutes ces épreuves, Le feuillage s'éclaire au bruit de leurs chansons; Un repas sort pour eux du milieu des buissons ; Sur leurs pas, que dans l'air suivent des harmonies, Des barques et des chars, poussés par les génies, Leur offrent un abri sous des voiles flottants, ' Et tout leur réussit, parce qu'ils ont vingt ans I

le!

oiw,

» «"a Mm nvi„

'"«Ci amour.

^«««Paysdélaféene, ^"«««iez.cor„.,ero«vé

^"«oins flous favoasrévé/ «'««el sourit au Jour,

Pour nous il n'est qu'un beau rêve,.

C'est le rêve de l'amour !

L'un sur sa lyre d'ivoire, Sous les feux de l'Orient, Dit en vers sacrés la gloire Et son laurier verdoyant.

Sous la pourpre ou la dentelle, ^ L'autre chante, ô Praxitèle, Ta déesse au fier contour :

Mais la chanson immortelle C'est la chanson de l'amour.

LE BOURGEOIS

C'est parfait I

LE COMÉDIEN BOUFFON

Cependant Cassandre atec Léandre Les poursuivent. Mais quoil le beau-père et le gendre Se déchirent la jambe à tous les traquenards f Tantôt on les fusille ainsi que des renards : Ils se battent entre eux. L'un crie : On m'assassine I

ODES FUNAîMBULESQUËS. ' 145

Pour Tautre, le bon vin se change en médecine. Cent mille soufflets, l'un sur l'autre copiés, Alternent sans relâche avec les coups de pieds. Veulent-ils lire? on voit se hausser la chandelle. Qui revient, si plus tard on n'a plus besoin d'elle. Et, tandis que Léandre a gâté son pourpoint.

Et que le vieux barbon, toujours plus mal en point, Est rossé par le diable et par son domestique. Les amoureux, ravis au pays fantastique, S'enivrent dans les bois des senteurs du printemps, Et tout leur réussit, parce qu'ils ont vingt ans f

LE LUTIN

Grâce à la Pée, un jour, après tous ces longs jeûnes. Les voilà mariés f ils sont beaux, ils sont jeunes ! Sous un soleil tournant qui brille à ciel ouvert. Dans un palais orné de paillon rouge et vert, On les unit, et l'air, rempli d'apothéoses.

Se teint de fleur de soufre, et d'azur et de roses!

LE COMÉDIEN BOUFFON

Pendant tout ce temps-là, doux, pensif et railleur, Dérobant tout, mangeant et buvant du meilleur,

Et ne s'intéressant à rien, comme les sages, Pierrot s'est promené parmi les paysages, Sans même seulement vouloir tourner les yeux Vers la fée au char d*or, qui s'enftiit dans les cieux ! Paresseux et gourmand, voilà dans cruelle étoffe Le gaillard est taillé !

LE BOURGEOIS

C'est lin grand philosophe f Et j'aime le roman que vous m'avez conté.

LE COMÉDIEN BOUFFON, au Latin.

C'est le plus beau de tous, il n'est pas dégoûté !

An Bourgeois, en lui montrant le groupe des danseuses.

Voulez-vous voir aussi nos nymphes bocagères Et le chœur bondissant de nos danses légères? Vous avouerez qu'auprès de nous Vestris marchait î

Aux duiâesses, avee l'iotonatioii consacrée.

Que la tète commence î

Aux musiciens de l'orchestre.

Hé I messieurs de l'archet f Ce petit monde-là n'attend qu'une cadence ;

An Boargoois et aa publie.

Car pour vous réjouir tout cela chante et danse. Nous possédons au moins soixai^te-treize Éllsler.

LE BOURGEOIS

Soixante-treize!

LE GOKÉDIEN BOUFFON.

Au moins! vous les verrez en Tair.

LE BOURGEOIS

Devant mes yeux channés quand vont-elles s'ébattre?

LE COMÉDIEN BOUFFON

Demain ! En attendant, en voici toujours quatre !

LE B*bURGE0IS.

Voyons.

Les danseuses exécutent nn pas éblonissaïKt de délire et de « réalisme. » LE BOURGEOIS, an Comédien bouffon.

Sac à papier ! je crois qu'une Péri, A vouloir devancer leurs ailes, eût péri !

C'est divin I fougue ardente et grâce printaniôre !

A Pierrot

Mais que faisiez-vous donc à la saison dernière. Mon ami? Tâchiez- vous d'instruire en badinant?

Pierrot exprime qu'il n'a jamais songé à cela. Ce qvh nous faisions, dit-il,

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