L'OMBRE D'ÉRIC
Si Limayrac devenait fleur, Il boirait les pleurs de TAurore, Et, penché sur le sein de Flore, Il renaîtrait à ce doux pleur.
Son faux col serait sa corolle, Et d'un lys aurait la couleur; J'en ferais des bouquetrà RoUe, Si Limayrac devenait fleur.
Si Limayrac devenait fleur,
Ducuing pourrait, à la Chaumière, L'attacher à sa-boutonnière Et s*en faire une croix d'honneur.
Sur les coteaux et dans les landes, Enivré d'un rêve enchanteur, Buloz en ferait des guirlandes, Si Limayrac devenait fleur.
Si Limayrac devenait fleur, J'en ornerais, près d'une haie, La houlette d'Arsène Houssaye :
Je l'arracherais sans douleur.
A côté d'une cucurbite, ^ Je le cueillerais en l'honneur De l'éditeur Jules Labitte, Si Limayrac devenait fleur.
Si Limayrac devenait fleur, Je le mettrais dedans un vase, Et quelquefois avec extase Je l'aplatirais sur mon cœur.
Séduit par son pistil attique.
Peut-être un jeune parfumeur Nous en ferait de Ftiuile antique.
Si Limayrac devenait fleur.
Hélas I Limayrac n'est pas fleur
Et ne peut de parfums de menthe
Enivrer un corset d'amante Ni l'habit noir d'un rédacteur.
On ne peut faire de pommade Avec son faux col séducteur :
Jetons au feu cette ballade, Hélas ! Limayrac n'est pas fleur !
Novembre 1845.