‹ Odes funambulesques (volume 2)Chapitre 9 sur 63 · VARIATIONS LYRIQUES · texte numérisé non relu

VARIATIONS LYRIQUES

Le Carnaval s'amuse i Viens le chanter, ma Muse, Sur un rhythme gaillard Du bon Ronsard I

Et d'abord, sur ta nuque, En dépit de Teunuque, Fais flotter tes cheveux Libres de nœuds I

Chante ton dithyrambe En laissant voir ta jambe Et ton sein arrosé D'un feu rosé.

Laisse même, ô Déesse, Avec ta blonde tresse, .

Le maillot des Keller Voler en Tair !

Puisque je congédie Les vers de tragédie.

Laisse le décorum Du blanc péplum,

La tunique et les voiles Semés d'un ciel d'étoiles, Et les manteaux épars A Saint-Ybars t

Que ses vierges plaintives, Catholiques ou juives, Tiennent des sanhédrins D'alexandrins !

Mais toi, sans autre insigne Que la feuille de vigne Et les souples accords De ton bçciu corps.

Laisse ton sein de neige Ctianter tout le solfège De ses accords pourprés, Mieux que Duprez !

Ou bien, mon adorée, Prends la veste dorée Et le soulier verni De Gavarni i

Mets ta ceinture, et plaque Sur le velours d'un claque Les rubans querelleurs Jonchés de fleurs!

Fais, sur plus d& richesses Que n'en ont les duchesses.

Coller jusqu'au talon Le pantalon i

Dans tes lèvres écloses Mets les cris et les poses Et les folles ardeurs Des débardeurs I

Puis, «ans peur ni réserye.

Réchauffant de ta verve Le mollet engourdi De Brididi,

Sur tes pas fiers et souples Traînant cent mille couples, Montre leur jusqu'où va La Redowa,

Et, dans le bal féerique.

Hurle un rhythme lyrique Dont tu feras cadeau A Pilodo 1

Tapez, pierrots et masques.

Sur vos tambours de basques 1 Faites de vos grelots Chanter les flots!

Formidables orgies, Suivez sous les bougies Les sax aux voix de fer Jusqu'en enfer I

Sous le gaz de Labeaùme^ Hurrah \ suivez le heaume Et la cuirassé d'or De Mogador )

Et madame Panacbe, Dont le front se harnache De douze ou quinze bcmts De marabouts !

Au son de la musette Suivez Ange et Frisette, Et ce joli poupon.

Rose Pompon \

Et Blanche aux belles formés»^ Dont les cheveux énormes Ont été peints, je crois.

Par Delacroix !

De même que la Loire Se promène avec gloire *

Dans son grand corridor D'argent et d'or.

Sa chevelare rousse Coule, orgueilleuse et douce ; Elle épouvanterait Une forêt.

Chantez, Musique et Danse 1 Que le doux vin de France Tombe dans le cristal Oriental !

Pas de pudeur bégueule I Amis ! la France seule Est l'aimable et divin

Pays du vin f -

Laissons à l'Angleterre Ses brouillards et sa bière I Laissons-la dans le gin Boire le spleen i

Que la pâle Ophélie, En sa mélancolie, Cueille dans les roseaux Les fleurs des eaux !

*..» 1^1 lÉMI I '-" "'■■■■-■ ^"•** •*•*"'

Que, sensitive humaine, Desdémone promène Sous le saule pleureur Sa triste erreur 1

Qu'HanUet, terrible et sombre Sous les plaintes de Tombre, Dise, accablé de maux :

( Des mots i des mots ! >

Mais nous, dans la patrie De la galanterie, Gardons les folles mœurs Des gais rimeurs i

Fronts couronnés de lierre.

Gardons For de Molière, Sans prendre le billon De Crébillon I

C'est dans notre campagne Que le pâle Champagne Sur les coteaux d'Aï Mousse ébloui I

" ..«««.«pi'*"*'

« . iP soleil atiperbe ^Tirais et brûlant*.

îïos vins san»

sur ces coteaux V Pères des cHaûts»

poésie et Musique, ^

Et les cœurs etohrasès par les baisers t

I ' I Ut..

Chantons leur air bravache Et leur corset sans tache Dont le souple basin Houle un beau sein ;

Leur col qui se chiffonne Sur leur robe de nonne, Leurs doigts collés aux gants Extravagants ;

Leur chapeau dont la grâce Pour toujours embarrasse La ville et le faubourg De Pétersbourg ;

Leurs peignoirs de bàrége Et leurs jupes de neige Plus blanches (}ue les lys D*Amarillys;

Leurs épaules glacées, Leurs bottines lacées Et leurs jupons tremblants Sur leurs bas blancs I

Chantons lear courtoisie f Car ni TAndalousie, Ni Venise, les yeux Dans ses flots bleus,

Ni la belle Florence Où, dans sa transparence, L'Arno prend les reflets De cent palais.

Ni l'odorante Asie, * Qui, dans sa fantaisie.

Tient d'un doigt eflllé Le narghilé.

Ni TAllemagne blonde Qui, sur le bord de Tonde, Ceint des vignes du Rhin Son front serein.

N'ont dans leurs rêveries Vu ces lèvres fleuries, Ces croupes de coursier.

Ces bras d'acier.

Ces dents de béte fauve, Ces bras faits pour l'alcôve.

Ces grands ongles couleur -De rofse en fleur, ^

Et ces amours de race Qu'Anacréon, Horace Et Marot enchantés.

Eussent chantés î

Janyier 1846.

Page 1