‹ Odes funambulesques (volume 3)Chapitre 67 sur 74 · A AUGUSTINE BROHAN · texte numérisé non relu

A AUGUSTINE BROHAN

Thalie, amante des grands cœurs, Voix éloquente et vengeresse, J'ai bu les amères liqueurs :

Prends mes chansons, bonne déesse,

Berce-les au bruit des grelots!

Muse au beau front, nymphe homérique, De ta lèvre coule à grands flots Notre inspiration lyrique.

Ton rire, comme un clair soleil, Épanouit les gaîtés franches, Pourpre vive, rosier vermeil, Éblouissement de dents blanches !

Que de fois, chancelant encor Sous le mal dont je suis la proie.

Tes accents de cristal et d'or M'ont rendu la force et la joie!

Oh ! que de fois j'ai mendié L'enthousiasme et l'ironie

Sur le théâtre incendié Par les éclairs de ton ffénie!

C'est pourquoi, ne dédaigne pas Le pur diamant de mes rimes.

Nymphe, dont j'ai baisé les pas Sur la neisre des grandes cimes.

Car sur ton front céleste a lui L'ardent rayon qui me déchire.

Et nous nous aimons en Celui Qui nous a légué son martyre.

0 spectacle trois fois divin De voir une telle écolière Tremper sa bouche dans le vin Dont s'enivra le grand Molière !

Toi qui le charmes au tombeau.

Thalie, Augustine, âme élue Pour ce délire encor si beau, L'Ode est ta sœur, et te salue.

Septembre 18:i8.

Page 1