OCCIDENTALE HUITIÈME
NÀDAR
Les soirs qu'au Yaudeville, en ce moment sauvé,
On donne une première Représentation ; quand le gaz relevé
Couvre tout de lumière ;
Et, pour mieux éblouir de feux les vils troupeaux
Aux faces inconnues.
Quand, les littérateurs déposant leurs chapeaux,
On voit leurs têtes nues ;
Chez tous ces rois à qui la notoriété
Enseigne ses allures.
Oh t quel spectacle étrange en sa variété
Offrent les chevelures I
ODES FUNAMBULESQURS. 17?
Les unes ont l'aspect de l'ébène ; yoici
Les châtaines, les fauves, Et les beaux fronts de neige, et ron remarqua mssi
Le bataillon des chauyes.
C'est le brun Lherminier, Sasonoff et Murger,
Et Lemer, doux lévite.
Leurs cheveux peuvent dire en chœur avec Burger :
« Hurrah I Les morts vont vite I »
Louis Boyer, qui prit plus d'une Alaciel A plus d'un roi de Garbe,
Dissimule son nez, organe essentiel.
Sous de grands flots de barbe.
Son visage pourtant n'est pas seul envahi
Comme celui d'un Serbe, Et de Goy, dont les mots ont un parfum d'Aï,
N'est pas non plus imberbe !
Car le temps, qui sourit de se voir encensé
Par ceux dont il se joue, Met, comme un lierre épars, ce feuillage insensé
Autour de notre joue t
Louis Lurine, habile à bien lancer les dards,
En a les tempes bleues.
Asselineau pourrait fournir des étendards
Aux pachas à trois queues.
Méry, chêne au milieu d'arbustes rabougris,
A vaincu les épreuves; Il est majestueux et fort sous son poil gris
Comme les dieux des fleuves.
Dumas qui pourrait seul, Phébus Éthiopien,
Chanter la sage Hélène, Abrite des éclairs son crâne olympien
Sous des touffe? de laine;
Mirecourt dans son ombre, antre de noirs projets.
Tente de noyer Planche, Et René Lordereaû dans ses boucles de jais
Garde une mèche blanche.
Villémessant, mêlé, comme les vieux railleurs,
De faune et de satyre.
Se coiffe en brosse. Et puis j'en passe, et des meilleurs!
Mais qui pourrait tout dire?
Théo, roi de Tazur où la Muse le suit,
Amant de la Chimère, En secouant sa tête, à Tentour fait la nuit,
Comme un héros d'Homère,
Et Barrière qui va cherchant la vérité
Sans songer à sa gloire^
Montre pleins d'ouragans des yeux d'aigle irrité
Sous une forôt noire.
iSt ODES FUNAMBULESQUES.
A côté d'eux on voit les blonds: C'est Dumas fils,
Dont Tample toison frise, C'est Gaiffe, dont la joue est neige, ivoire et lys,
Et la lèvre cerise.
C'est Castille aux anneaux crêpés; ses yeux ont lui
Pour quelque étrange Téve, Et son chef lumineux briUe comme celui '
De notre 'grand'mère Eve.
Voillemot resplendit comme un jeune Apollon.
Fabuleux météore.
Sa tète radieuse au milieu d'un salon • Fait l'effet d'une aurore.
Banville montre .un front qui n*a rien de coosman.
A tort il l'accompagne De trois crins hérissés avec fureur^ comme un
Savetier de campagne.
ODES FUNAMBULESQUES. if
Arsène Houssaye, à qui souvent, le cœur troublé,
Révent les jeunes filles, A des cheveux pareils à ceux des champs de blé
Tombant sous les faucilles.
Ils sont d'or pâle ; ceux du poète nouveau Qui, dan» des vers bizarres,
A nommé le public : « Bête à tête de veau, »
Sont jaunes, fins et rares.
La Madelène est rose, et Marchai est vermeil
D'une façon hardie, Hais Nadar sur son front aux comètes pareil
Arbore Tincendie I
Décembre 1859.
A propos da nom cité dans la strophe dix-neuyi^me| nous deyons rappeler ici que la première édition a paru sans nom d'auteur. {Note des éditeurs.)