DES CÉLÉBRITÉS DU TEMPS JADIS
Dites-moi sur quel Sinai Ou dans quelle manufacture Est le critique Dufaï?
Où? sur quelle maculature Lalanne met-il sa rature?
Où sont les plâtres de Dantan, Le Globe et La Caricature?
Mais où sont les neiges d'antan ?
Où Venet, par le sort trahi, A-t-il trouvé sa sépulture?
Mirecourt s'est-il fait spahi?
Mantz a-t-il une préfecture?
Où sont les habits sans couture, Et Malitoume et Pelletan?
Où sont Clesinger et Couture?
Hais où sont les neiges d'antan?
Où sont RoIIe des dieux haï, Bataille, plus beau que nature, Gochinat, qui fut envahi Tout vif, par la même teinture Que jadis Toussaint-Louverture, El; ce Rhéal qui mit Dante en Français de maître d'écriture ?
Mais où sont les neiges d'antan?
ENVOI
Ami, quelle déconfiture!
Tout s'en va, marchands d'orviétan Et marchands de littérature :
Mais où sont les neiges d'antan?
Novembre 1856.
YIRELAI
Barbanchu nargue la rime !
Je défends que Ton m'imprime !
La gloiren'était que frime ; Vainement pour elle on trime, Car ce point est résolu.
Il faut bien qu'on nous supprime
Barbanchu nargue la rime !
Le cas enfin s'envenime.
Le prosateur chevelu Trop longtemps fut magnanime.
Contre la lyre il s'anime.
El traite d'hurluberlu Ou d'un terme synonyme Quiconque ne Ta pas lu.
Je défends que Ton m'imprime.
Fou, tremble qu'on ne t'abîme 1 Rimer, ce temps révolu, C'est courir vers un abîme, Barbanchu nargue la rime l
Tu ne vaux plus un décime f Car Teûnemi nous décime.
Sur nous pose un doigt velu, Et, dans son chenil intime, Rit en vrai patte-pelu De nous voir pris à sa glu.
Malgré le monde unanime.
Tout prodige est superflu.
Le vulgaire dissolu Tient les mètres en estime :
. Il y mord en vrai goulu !
Bah! pour mériter la prime,
Tu lui diras : Lantarlu f
Je défends que Ton m'imprime.
Molière au hasard s'escrime, C'est un bouffon qui se grime ; Dante vieilli se périme, Et Shakspere nous opprime t Que leur art jadis ait plu.
Sur la récolte il a plu, Et la foudre pour victime Choisit leur toit vermoulu.
C'était un régal minime Que Juliette ou Monime î Descends de ta double cime.
Et, sous quelque pseudonyme.
Fabrique une pantomime ; Il le faut, il l'a fallu.
Mais plus de retour sublime Vers Gorinthe ou ver^ Solyme!
Ciseleur, brise ta lime, Barbanchu nargue la rime 1
ODES rVNÀMBULESQUES.
Seul un réaliste exprime Le Beau rècbe e.t mamela :
En douter serait un crime.
Barbanchu nargue la rime !
Je défends que Ton m'imprime.
Novembre 1856.
BALLADE
DES TftAVËRS DE CE TEMPS
Prudhoimne, fler de montrer son bon goût,
Quand il écrit des lettres, lès «achète
D'un casque d*or ou flotte uù marabout;
Camellia prend des airs de Nichette,
Et le docteur arbore une brochette.
Dès Tan passé, Montjoye eut ce travers
D'aller au bal en bottes à revers;
Sur votre front Courbet met des verrues.
Nymphe aux yeux d'or, Sirène aux cheveux verts ;
Voici le temps pour leâ coquecigrues.
Anges bouffis et vermeils, que partout L'humble passant peut appeler : t Bichette, » Dès que Plutus dresse quelque ragoût.
Cent Dalilas apportent leur fourchette.
Amour les guide au bruit de sa pochette.
Par le marteau forgé tout de travers.
C'est un jupon d'acier qui sert d'envers Aux fiers appas de ces femmes ventrues.
Et ce rempart terrasse les pervers :
Voici le temps pour les coquecigrues.
On n'a plus d'or que pour Edmond About Au Moniteur ainsi que chez Hachette; C'est pour lui seul que la marmite bout Chez Désiré comme au Café Vachette; C'est lui qu'on prise et c'est lui qu'on achète. Pourtant Venet écrit à L'Univers; Machin (du Tarn) dans des recueils divers Offre au public des lignes incongrues.
Et Champfleury veut supprimer les vers :
Voici le temps pour les coquecigrues.
ENVOI
Mon cher François, vers la Touraine et vers Vos lys, mes chants volent aux bosquets verts. Je sais qu'ils ont des rimes un peu crues :
C'est que depuis ces dix ou douze hivers, Voici le temps pour les coquecigrues.
Juillet 1856.
MONSIEUR GOQUARDEAU
CH\iNT ROYAL
Roi des Crétins, qu'avec terreur ou nomme,
Grand Coquardeau, non, tu ne mourras pas.
Lépidoptère en habit de Prudhomme,
Ta majesté t'affranchit du trépas,
Car tu naquis aux premiers jours du monde,
Avant les cieux et les terres et l'onde.
Quand le métal entrait en fusion,
Titan, instruit par une vision
Que son travail durerait la semaine,
Fondit d'abord, et par provision.
Le front serein de la Bêtise hunwine.
0DE6 FU]^ÂilttULES<}U£S. ta»
On t'a connu dans Athène et dans Rome ;
Plus tard Colomb t'a vu sous les pampas.
Mais sur tes yeux de vautour économe
Se courbait Tare d'un sourcil plein d'appas,
Et le sommet de ta tête profonde
A resplendi sous la crinière blonde.
Que Gavarni tourne en dérision
Tes six cheveux t Avec décision
Le démêloir en toupet les ramené :
Un dieu scalpa, comme TOccasion,
Le front serein de la Bêtise humaine.
Tu te rêvais député de la Somme Dans les discours que tu développas.
Et, beau parleur grâce à ton majordome, On te voit fier de tes quatre repas.
Lorsqu'on s'ouvrant ta bouche rubiconde Verse au hasard les trésors de Golconde, On cause bas, à ton exclusion.
Ou chacun rêve à son évasion.
Tu n'as jamais connu ce phénomène :
Mais Touvrier doubla d'illusion
Le front serein de la Bêtise humaine.
Gomme Pâris/tu tiens toujours la pomme.
Dans ton salon, meublé d'un fier lampas,
On boit du lait ^t du sirop de gomme,
Et tu n'y peux, selon toi, faire un pas
Sans qu'à ta flanmie une flamme réponde.
Dans tes miroirs tu te vois en Joconde.
Jamais pourtant, cœur plein d'effusion.
Tu n'oublias ta chère infusion
Pour les rigueurs d'Iris ou de Climène.
L'espoir fleurit avec profusion
Le front serein de la Bêtise humaine.
A ton café, tu te dis brave comme
Un Perceval, et toi-même écharpas
Le rude Arpin; ta chiquenaude assomme.
Lorsque tu vas, les jambes en compas,
On croirait voir un héros de la Fronde,
Ou quelque preux, vaincjpieur de Trébizonde.
Mais, évitant, avec précision
L'éclat fatal d'une collision.
Tu vis dodu comme un chapon du Maine,
Pour sauver mieux de toute lésion
Lé front serein de la Bêtise humaine.
ENVOI
PRINCE des sots, un 3ystème qu'on fonde,
A son aurore a soif de ta faconde.
Toi, tu vivais dans la prévision
Et dans l'espoir de cette invasion :
Le Réalisme est ton meilleur domaine.
Car il charma dès son éclosion
Le front serein de la Bêtise humaine.
Novembre 1856.