‹ Odes funambulesques (volume 4)Chapitre 62 sur 66 · LE SAUT DU TREMPLIN · texte numérisé non relu

LE SAUT DU TREMPLIN

Clown admirable, en vérité !

Je crois que la postérité.

Dont sans cesse Thorizon bouge, Le reverra, sa plaie au flanc.

Il était barbouillé de blanc.

De jaune, de vert et de rouge.

Môme jusqu'à Madagascar Son nom était parvenu, car C'était selon tous les principes Qu'après les cercles de papier, Sans jamais les estropier Il traversait le rond des pipes.

Il s'élevâiit à des hauteurs Telles, que les autres sauteurs Se consumaient en luttes vaines < Ils le trouvaient décourageant.

Et murmuraient : t Quel vif-argent Ce démon a-t-il dans les veines? »

Tout le peuplé criait • f Bravo I f Mais lui, par un effort nouveau, Semblait roidir sa jambe nue, Et, sans que Ton sût avec qui, Cet émule de la Saqui Parlait bas en langue inconnue.

C'était avec son cher tremplin.

11 lui disait : t Théâtre^ plein D'inspiration fantastique.

Tremplin qui tressailles d'émoi Quand je prends un élan, fais-moi Bondir plus haut, planche élastique !

f Frêle machine aux reins puissants, Fais-moi bondir, moi qui me sens Plus agile que les panthères, Si haut que je ne puisse voir Avec leur cruel habit noir Ces épiciers et,ces notaires I

« Par quelque prodige pompeux, Fais moi monter, si tu le peux.

Jusqu'à ces sommets où, sans règles, Embrouillant les cheveux vermeils Des planètes et des soleils.

Se croisent la foudre et les aigles.

« Plus haut encor, jusqu'au ciel pur I Jusqu'à ce lapis dont l'azur Couvre notre prison mouvantel Jusqu'à ces roiiges Orients Où marchent des dieux flamboyants^ Fous de colère et d'épouvante.

< Plus loin I plus haut I je vois encor

Des boursiers à lunettes d'or.

Des critiques,. des dempiselles

Et des réalistes en feu.

Plus haut! plus loin! de Tairl du bleu!

Des ailes ! des ailes I des ailes t »

Enfin, de son vil échafaud, Le clown sauta si haut, si haut^

Qu'il creva le plafond de toiles Au son du cor et du tambour, Et, le cœur dévoré d'amour.

Alla rouler dans les étoiles.

Fétrier 18B7.

Oû sait quel grand et légitime succès ont obtenu, à leur apparition, les Odes funambulesques. Nous n'avons rien négligé pour que la présente édition fût encore plus digne que sa devancière de la faveur du public.

Ainsi nous avons obtenu de Tauteur le droit d'y joindre douze pièces nouvelles, rentrant toutes dans la couleur et dans la manière du livre, et qui ont été très-remarquées dans les journaux et revues qui les ont publiées*

Ces pièces sont : la Belle Véronique, la Voyageuse, A Caroline Letessier, Villanelle des pauvres rousseurs. Mademoiselle Page, Rondeau, Bilboquet, Élève de VoLTAm^, Perbin Dandin, Monsieur Homais, Triolets, Ma Biographie, A Henri d'Içleville, Écrit sur un exemplaire des ODELETTES, A AugustInb Brohan, la Sainte Bohème. D'après le conseil de ses critiques les plus séyères et de ses

meilleurs amis, (c'est tout un,) l'auteur a cra devoir retrancher du volume, signé de lui cette fois, cinq pièces qui touchaient de trop près à la charge, ou qui présentaient dans leur exécution quelques enfantillages peu dignes d'un recueil auquel le public semble vouloir accorder une certaine iiirée.

Quoique l'ouvrage n'ait pu que gagner à ces suppressions, nous rétablissons pourtant ici, mais dans cette édition pour la dernière fois, quatre de ces pièces, pour les collectionneurs qui ne veulent rien perdre.

CHANSON

SDK lViR des HIRONDELLES, DE FÉLICIEN DAVID.

Sectatejirs de Galoppe, Chez Yous il fait bien froid !

De peur qu'on vous éclope.

Jouez le Misanthrope Sans Geffroy!

Août 1847.

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