‹ Odes funambulesques (volume 5)Chapitre 19 sur 75 · CHOEUR DB FEMMES SUR LA SCENE · texte numérisé non relu

CHOEUR DB FEMMES SUR LA SCENE

< Toi que l*Qi$eauh.

ma blonde Évohé, ma mnse au chant de cygne, Regarde ce qu'ils font de ce théâtre insigne. padeurt antrefols, dans ces décors vivants Où l'œil voyait courir le souffle ailé des vents, L'eau coulait en ruisseaux dans les conques de marbre, Et le doigt du zéphyr pliait les feuilles d'arbre. L'orchestre frémissant envoyait à la fois Son harmonie à l'air comme une seule voix; Tout le corps de ballet marchait comme une armée: Les déesses du chant, troupe jeune et charmée. Belles comme Opbélie et comme Alaciel, Avaient dans le gosier tous les oiseaux du ciel; La danse laissait voir tous les trésors de Flore Sous les plis des niaillots, vermeils comme l'aurore; C'était la vive Elssler, ce volcan adouci, Lucile et Carlotta, celle qui marche aussi Avec ses pieds charmants, armés d'ailes hautaines, Sur la cime des blés et l'azur des fontaines.

ODES FUNAMBULESQUES. loi

L'audace d'une femme, arrêtant ce concours, A remis une bande au bas des jupons courts Et plongé les ténors au sein de la banlieue.

Cruelle Éris, déesse à chevelure bleue.

Déesse au dard sanglant, déesse au fouet vaiqueur, Change mon encre en âel ; mets autour de mon cœur L'armure adamantine, et dans juon front évoque, Hêtre de clous armé, l'ïambe d'Archiloque !

L'ïambe est de saison, Hambe et sa fureur.

Pour peindre dignement ces spectacles d'horreur Et les sombres détails de ce cloaque immense. Vous, mesdames, prenez vos flacons, je commence.

Un fantôme d'Habneck, honteux de son déchet.

Agite tristement un fantéme d'archet; L'harmonieux vieillard est quinteux et morose : Il est devenu gai comme Louis Monrose.

Ses violons fameux que l'on voyait, dit -on.

Pleins d'une ardeur si noble, obéir au bâton, L'archet morne à présent et la Qorde lâchée, Semblent se conformer à sa mine fâchée ; Et tout l'orchestre, avec ses cuivres en chaudrons, Ainsi qu'un vieux banquier poursuivant les tendrons,

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m ODES FUNAMBULESQUES.

Ou qn'un vers enjambant de césure en césure.

Lui-même se poursuit de mesure en mesure.

La musique sauvage et le drôle de cor Qui guide au premier mai la famille Bouthor; Chez notre Debnrau, les trois vieillards épiques Qui Tout grincer des airs pointus comme des piques; Le concert souterrain des aveugles; enfin L'antique piano qui grogne à Séraphin El l'orchestre des' chiens qu'on montre dans lés foires. Auprès de celui-là charment leurs auditoires. Mais si rempli qu'il soit de grincements de dents. Quels que soient les canards qui barbotent dedans, Si féroce qu'il semble à toute oreille tendre. Il vaut mieux que le chant qu'il empêche d'entendre.

Les choristes, rangés en affreux bataillons.

Marchent ad libitum en traînant des haillons ; Les femmes, effrayant le dandy qu'elles visent, Chantent faux des vers faux; même, elles improvisent; mines I leur dents croulent comme lin vieux iiiur. Et ces divinités, toutes d'un âge mûr. Dont la plus séduisante est horriblement laide. Font rêver par leurs os aux dagnes de Tolède,

Lours jupons évidés marchent à grands frôus-frous,

, i, ' ' • . • . ■ '• i'' * ■-'•• Et leur visage bleu, percé de mille trous,

S étale avec orgueil comme une vieille cible.

Les nommes sont plus laids encor, si c'est possible.

Triste fin! si l'on songe, en voyant ces objets,

Que ce chœur endurci vaut les premiers sujets I

Plus de ténors ! Leur si demande un cataplasme, Et l'tti, le fameux ut, tombe dans le marasme. En vain Pillel tremblant envoya ses zélés Parcourir ritâlie avec leurs pieds ailés; En vain ils ont fouillé Rome, ville papale, Naple, ou sous i'oranger des femmes kii tront pâle Donnent des rendez-vous aux jeuiies cavaliers. Et, courtisane avec des palais en colliers, Venise, où lord Byron, deux fois vainqueur des ondes, Poussait son noir coursier le long des vagues blondes, Et Florence, où TArno, parmi ses flots tremblants, Môle l'azur du ciél avec les marbres blancs; Jusqu'au golfe erichantèuf qu'uii paradis limité. Lut ne veut plus lutter, lé ténor est un mythe.

Seul, ô Duprez! toujours plus grand, toujours vainqueur, Toujours làiiçarit au ciel ton chant qui sort du ccëùr.

■Il

Fièrement appuyé sur ta large méthode Qui reste, comme l'art, au-dessus de la mode, Duprez t 6 Robert I Arnold 1 Éléazar !

En voyant les cailloux qu'on met devant ton char. Et les rivaux honteux que la haine te donne Lorsque ta voix sublime à la fin t'abandonne, Toi^ours maître de toi, tu luttes en héros, Toujours roi, toujours fort, tandis que tes bourreaux Inventent vingt ténors^devant qui l'on s'incline, Et qui durent on an, comme la crinoline.

Ab I du moins nous avons la Danse, nn art divin t Et l'homme Ie,plus fait pour être un écrivain, Célébrât-il Louis et portât-il perruque, Fût-il Caton, fut-il Boileau, fUt-il eunuque. Ne pourrait découvrir l'ombre d'un iota Pour défendre à ses vers d'admirer Carlotta.

Son corps souple et nerveux a de suaves lignes; Vive comme le vent, douce comme les cygnes, L'aile d'un jeune oiseau soutient ses pieds charmanls, Ses yeux ont des reflets comme des diamants, Ses lèvres à l'JÉden auraient servi de portes; Le jardin de Ronsard, de Belleau, de Desporles,

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Devant Cypre et Cbloris toujours extasiés, A, pour les eiobellir, donné tous ses rosiers. Elle va dans l'azur, laissant flotter ses voiles,. Conduire en souriant la danse des étoiles, Poursuivre les oiseaux et prendre les rayons ; Et, par les belles nuits, d'en bas nous la voyons, Dans les plaines du ciel d'ombre diminuées, Jouer entrelacée à ses sœurs les nuées.

Ouvrir son éventail et se mirer dans l'eau.

Qu'auriez-vous pu trouver à redire, ô Boileau? Une chose bien simple, hélas I La jalousie Nous cache tout ce luxe et cette poésie.

De môme qu'autrefois, par un crime impuni, Les mêmes envieux cachaient Taglioni, Cet autre ange charmant des cieux imaginaires. Sombre JunonI Les Dieux ont-ils donc des colères?

Aimez-vous les décors? On n'en met nulle part. Les vieux servent toujours, percés de part en part. Et, par la main du Temps noircis comme des forges. Ils pendent en lambeaux conmie de vieilles gorges. Les arbres sont orange, et dans Guillaume Telly La montagne est percée à jour comme un tunnel.

Le temple de Robert, ses coloiines eh loqnes. S'agite ans quatre vents comme des iiendeloques^ El le couvent a l'air de s'fitre bien battu.

Dans La Muette enfin, mirabile dictut L'éruption' se fait avec du papier rouge Derrière lequel brille un lampion qui bouge.

Le machiniste, un sage, ennemi des succès, Imite à tour de bras le Théâtre- Français, Les travestissements, les changements à vue.

Les transformations sont comme une revue De la garde civique : on les manque toujours. Les Français, l'Ûdéon, sont les seules amours Du machiniste en chef; il a cette coutume D'élrangler les acteurs en tirant leur costume. Queiques-uns sont vivants; s'ils en ont réchappé. C'est que le machiniste une fois s'est trompé, El rêvait i'Abufar, qu'il voit chaque dimanche. C'est un homme d'esprit qui prendra sa revanche.

Enfin on voit maigrir, comme corps de ballet, Des marcheuses, des rats, peuple jeune et fort laid, Qui n'ont jamais dansé qu'à la Grande-Charlreuse, Et qui, réjouissant de leur maigreur affreuse

Les lions estompés au cosmétique nojr, Prennent des rendez- vous pour le souper du soir.

Nous qui ne sommes pas danseurs, prenons la fuite. Allons souper, aussi, mon cœur, mais tout (Je suite, Et tâchons 4'oublier en buvant de bons vins.

Cet hospice fameux, rival des Quinze-Vingts. *

Décembre iS45.

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