‹ Odes funambulesquesChapitre 12 sur 42 · LES FOLIES-NOUVELLES · texte numérisé non relu

LES FOLIES-NOUVELLES

Préface.

tlite du monde élégant,

Qui fuis le boulevard de Gand,

O troupe élue, Pour nous suivre sur ce tréteau Où plane l'esprit de Watean,

Je te salue !

Te voilà ! Nous pouvons encor Te dévider tout le fil d'or

De la bobine !

En un rêve matériel, Nous te montrerons Ariel

Et Colombine.

ODES FVNAMBVLESQVES. 109

Dans notre parc aérien S'agite un monde qui n'a rien

Su de morose :

Bouffons que l'Amour, pour son jeu, Vêtit de satin rayé, feu,

Bleu-ciel et rose !

Notre poème fanfaron, Qui dans le pays d'Obéron

Toujours s'égare, N'est pas plus compliqué vraiment Que ce que l'on songe en fumant

Un bon cigare.

Tu jugeras notre savoir

Tout à l'heure, quand tu vas voir

La pantomime.

Je suis sûr que l'Eldorado Où te conduira Durandeau

Sera sublime.

ODES FVNAMBVLES QJV E S .

Car notre Thalie aux yeux verts, Qui ne se donne pas des airs

De pédagogue, A tout Golconde en ses écrins :

Seulement, cher public, je crains

Pour son prologue!

Oui ! moi qui rêve sous les cieux, Je fus sans doute audacieux

En mon délire, D'oser dire à l'ami Pierrot :

Tu seras valet de Marot,

Porte ma lyre !

Mais, excusant ma privauté, N'ai-je pas là, pour le côté

Métaphysique, Paul, que Molière eût observé ?

Puis voici Kelm, et puis Hervé

Fait la musique l

ODES FVNAMBVLESQVES.

Berthe, Lebreton, Mélina, Avec Suzanne Senn, qui n'a

Rien de terrestre, Dansent au fond de mon jardin Parmi les fleurs, et Bernardin

Conduit l'orchestre!

Ecoute Louisa Melvil!

N'est-ce pas un ange en exil

Que l'on devine Sous les plis du crêpe flottant, Lorsqu'elle chante et qu'on entend

Sa voix divine?

Ravit-elle pas, front vermeil, Avec ses cheveux de soleil

Lissés en onde, Le paysage triomphant, Belle comme Diane enfant,

Et blanche ! et blonde!

112 ODES FVNAMBVLES (VV E S.

Pour ces accords et pour ces voix, Pour ces fillettes que tu vois,

Foule choisie, Briller en leur verte saveur, Daigne accueillir avec faveur

Ma poésie !

Car, sinon mes vers, peu vantés !

Du moins tous ces fronts inventés

Avec finesse, Comme en un miroir vif et clair.

Te feront entrevoir l'éclair

De la jeunesse !

Octobre 1854.

ODES FVNALIBVLES^VES. 113

La scène est au petit spectacle de mon ami Pierrot, 41, boulevard du Temple, le samedi 21 octobre 1854, jour de l'ouverture. Le théâtre représente un décor : un jardin de Wateau, peint par Cambon. Au lever du rideau, la scène est vide. On entend dans la coulisse le bruit d'un corps qui tombe par terre, puis des cris de détresse. Arrive un homme chiffonné, aveuglé, couvert de plâtre, avec un chapeau bossue : c'est le Bourgeois.

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