ODE XIIII
Nicolas, faison bonne chère Tandis qu'en avons le loisir, Trompon le soin et la misère, 4 Ennemis de nostre plaisir.
Purgeon l'humeur qui nous enflame D'avarice et d'ambition :
Ayon Philosophes une ame 8 Toute franche de passion.
Chasson le soin, chasson la peine, Contentons nous de nostre rien:
Quand nostre ame sera bien saine, 12 Tout le corps ss portera bien.
XIIII— 181] V. Livre des Odes. 71
Une ame de biens affamée Nous perd le sens et la raison:
11 ne faut qu'un peu de fumée 16 Pour noircir toute la maison.
Faire conqueste sur conqueste De biens amassez sans propos, Ce n'est que nous rompre la teste, 20 Et ne trouver jamais repos.
J'ay raclé de ma fantaisie Le monde au visage eshonté, Pour vacquer à la Poésie 24 Quand j'en auray la volonté.
Voila le bien que je désire, Sans plus en vain me tourmenter:
Désormais sera mon Empire 28 Que sçavoir bien me contenter.
Quand ta fièvre, dont la mémoire Me fait encores frissonner, Ne t'auroit apprins qu'à bien boire, 32 Tu ne la dois abandonner.
A toutes les fois que l'envie Te prendra de boire, reboy:
Boy souvent, aussi bien la vie 36 N'est pas si longue que le doy:
C'est un grand bien d'estre hydropique, Et d'eaux s'enfler la ronde peau:
Des Elemens le plus antique 40 Et le meilleur, est-ce pas l'eau?
Non seulement la maladie Qui nous surprend par ses efforts, Ne rend nostre masse estourdie, 44 Enervant les forces du corps:
Mais elle trouble, la cruelle, Nostre esprit qui nous vient des cieux: Il n'y a part qui ne chancelle, 48 Quand les hommes deviennent vieux.
72 P. àe Ronsard. H 82 —XV
Puis la mort vient, la vieille escarse: A lors un chacun se repent Que mieux il n'a joué sa farce:
52 Mais bon-temps à Dieu t'y command.