‹ Odes (volume 2)Chapitre 29 sur 50 · ODE XXVIII · texte numérisé non relu

ODE XXVIII

Ahl fiévreuse maladie Comment es-tu si hardie D'assaillir mon pauvre corps

4 Qu'Amour dedans et dehors

De nuit et de jour enflame

Jusqu'au plus profond de l'ame?

Et sans pitié prend à jeu 8 De le mettre tout en feu?

Ne crains-tu point vieille blesme,

Qu'il ne te brûle toymesme?

Mais que cherches-tu chez moy?

12 Sonde moy par tout, et voy

Que je ne suis plus au nombre

Des vivans, mais bien une ombre

De ceux qu'Amour et la Mort 16 Ont conduit delà le port

Compagnon des troupes vaines.

Je n'ay plus ny sang ny veines,

Ny flanc, ny poumon, ny cœur:

20 Long temps a que la rigueur

De ma trop fiere Cassandre

Me les a tournez en cendre.

Donc, si tu veux m'offenser, 24 II te faut aller blesser

Le tendre corps de m'amie:

Car en elle gist ma vie,

Et non en moy qui mort suis, 28 Et qui sans ame ne puis

Sentir chose qu'on me fasse,

Non plus qu'une froide masse

De rocher ou de métal 32 Qui ne sent ne bien ne mal.

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