‹ Odes (volume 2)Chapitre 44 sur 50 · A CASSANDRE · texte numérisé non relu

A CASSANDRE

Le printens vient, naissez fleurettes Coupables de mes amourettes, Sus naissez, et toutes ensemble Variez par vostre peinture 5 Un manteau verd, à la nature.

Cassandre, qui tant leur resemble, Tu crois comme elles, ce me semble, Et ton petit poil accoursi, S'alonge en fil d'or, avec l'âge, 10 Comme un reverdissant fueillage.

Tu croistras donq pour le souci De maint peuple, et de moi aussi, Et si feras les fleurs compaignes Qui croissent à l'envi de toi 15 Pallir de l'amour comme moi.

Et les eaus baignants les campaignes, Celles qui tonnent aus montaignes, Frappant contre leurs bords dolents, Bruiront leurs amours éternelles 20 Si ton bel œil se mire en elles.

Apres maints cours de l'an volant, Les cieus pour t'enfanter, voulant Se piller eus mesmes, ont pris Tout le beau vers eus retourné 25 Et de toi le monde ont orné.

Affin qu'on ne mette à mépris Mes chants pour t'amour entrepris Qui les trais de ta beauté suivent, Bibl. rom. 203/204. 8

114 P. de Ronsard. [210

Et qui d'un vers laborieus 30 La font remonter jusqu'aus Dieus.

Les beautés jusque aus cieus arrivent

Si les Poètes les décrivent, 33 Donc Cassandre si tu m'aimois,

Tu apprendrois de main docile,

L'art, et la manière facile 36 Des Odes du lue Vandomois.

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