‹ Odes (volume 2)Chapitre 6 sur 50 · II. — 170J V. Livrs ies OJes · texte numérisé non relu

II. — 170J V. Livrs ies OJes

Puis souspirerent un chant

De leurs gorges nompateilles,

Par douce force alléchant 20 Les plus gaillardes oreilles :

Afin que le son pipeur

Fraudast le premier labeur

Des Chevaliers de la Grèce 24 Pipez de telle caresse.

Ja ces demi-Dieux estoient

Prests de tomber en servage,

Et ja charmez se jettoient 28 Dans la prison du rivage

Sans Orphée, qui soudain

Prenant le luth en la main,

Opposé vers elles, joue 32 Loin des autres sur la prouë :

Afin que le contre-son

De sa repoussante lyre

Perdist au vent la chanson 36 Premier qu'entrer au navire:

Et qu'il tirast des dangers

Ces demy-Dieux estrangers,

Qui dévoient par la Lybie 40 Porter leur mère affoiblie.

Mais si ce harpeur fameux Oyoit le chant des Ssrencs Qui sonne aux bords escumeux

44 Des Albionnes arènes,

Son luth Payen il fendroit,

Et disciple se rendroit

Dessous leur chanson Chrestienne,

48 Dont la voix passe la sienne.

Car luy enflé de vains mots Devisoit à l'aventure Ou des membres du Chaos, 52 Ou du sein de la Nature:

30 P. de Ronsard. - [ 1 70. — 1 1 1

Mais ces vierges chantent mieux Le vray manouvrier des cieux, Et sa demeure éternelle, 56 Et ceux qui vivent en elle.

>LasI ce qu'on voit de mondain,

>Jamais ferme ne se fonde,

»Ains fuit et refuit soudain 60 > Comme le branle d'une onde,

»Qui ne cesse de rouler,

*De s'avancer et couler,

»Tant que rampant il arrive 64 »D'un grand heurt contre la rive.

La science au-paravant

Si long temps Orientale,

Peu à peu marchant avant 68 S'apparoist Occidentale :

Et sans jamais se borner

N'a point cessé de tourner,

Tant qu'elle soit parvenue 72 A l'autre rive incognuë.

Là de son grave sourcy

Vint afoler le courage

De ces trois vierges icy, 76 Les trois seules de nostre âge:

Et si bien les sceut tenter,

Qu'ores on les oit chanter

Maint vers jumeau, qui surmonte 80 Les nostres rouges de honte.

Par vous, vierges de renom,

Vrais peintres de la Mémoire,

Des autres vierges le nom 84 Sera clair en vostre gloire,

Et puis que le ciel bénin

Au doux sexe féminin

Fait naistre chose si rare 88 D'un lieu jadis tant barbare.

Denizot se vante heure

D'avoir oublié sa terre,

Et passager demeuré 92 Trois ans en vostre Angleterre,

Et d'avoir cognu voz yeux,

Où les amours gracieux

Doucement leurs flèches dardent 96 Contre ceux qui vous regardent:

Voire et d'avoir quelquefois Tant levé sa petitesse, Que sous l'outil de sa vois

100 Rabota vostre jeunesse,

Vous ouvrant les beaux secrets Des vieux Latins et des Grecs, Dont l'honneur se renouvelle

104 Par vostre Muse nouvelle.

Io, puis que les espris

D'Angleterre et de la France

Bandez d'une ligue ont pris 108 Le fer contre l'Ignorance:

Et que noz Rois se sont faits

D'ennemis, amis parfaits,

Tuans la guerre cruelle 112 Par une paix mutuelle,

Advienne qu'une de vous Nouant la mer passagère, Se joigne à quelqu'un de nous

116 Par une nopce estrangere:

Lors voz escrits avancez Se voirront recompensez D'une chanson mieux sonnée,

120 Qui cri'ra vostre Hymenée.

32 P. de Ronsard. {171. — Mil

Sur le trespas de Marguerite de France, Royne de Navarre. Traduction des vers Latins de Jan d'Aurat.

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