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ODE XXXV

Si tu me peux conter les fleurs Du Printemps, et combien d'arène La mer trouble de ses erreurs 4 Contre le bord d'Afrique amené:

Si tu me peux conter des cieux Toutes les estoilles ardantes, Et des vieux chesnes spacieux 8 Toutes les fueilles verdoyantes:

Si tu me peux conter l'ardeur Des amans, et leur peine dure, Je te feray le seul conteur, 12 Magny, des amours que j'endure.

Conte d'un rang premièrement Deux cens que je pris en Touraine, De l'autre rang secondement 16 Quatre cens que je pris au Maine.

Conte, mais gette près à près, Tous ceux d'Angers, et de la ville D'Amboise, et de Vandôme après, 20 Qui se montent plus de cent mille.

Conte après six cens à la fois Dont à Paris je me vy prendre, Conte cent millions, qu'à Blois 24 Je pris dans les yeux de Cassandre.

Quoy? tu fais les contes trop cours:

Il semble que portes envie Au grand nombre de mes amours, 23 Conte les tous, je te supplie.

Mais non, il les vaut mieux oster:

Car tu ne trouverois en France Assez de gettons, pour conter 32 D'amours une telle abondance.

70 P. de Ronsard. [151. — XXXVI

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