ODE XLIII
Je suis homme nay pour mourir, Je suis bien seur que du trespas Je ne me scaurois secourir 4 Que poudre je n'aille là bas.
Je cognois bien les ans que j'ay:
Mais ceux qui me doivent venir Bons ou mauvais, je ne les scay, 8 Ny quand mon âge doit finir.
Pour-ce fuyez-vous-en esmoy, Qui rongez mon cœur à tous coups, Fuyez-vous-en bien loin de moy, 12 Je n'ay que faire avecque vous.
Aumoins avant que trespasser, Que je puisse à mon aise un jour Jouer, sauter, rire et danser 16 Avec Bacchus et Amour.
76 P. de Ronsard. [159. — XLIUI
ODE XLIIII.j
Belleau, s'il est permis aux hommes d'inventer Cela que les plus vieux n'ont pas osé chanter, Je dirois volontiers que l'Amour n'a point d'ailes. Helas! s'il en avoit, s'esbranlant dessus elles
5 De mon cœur quelquefois se pourroit absenter.
Il n'a point d'arc aussi, et le feint-on ruer Des flèches à grand tort: il a voulu muer Son arc en harquebuze, on le sent à l'espreuve: Car pour le coup d'un trait si grand feu ne se treuve
10 Autour du cœur blessé, qu'il le puisse tuer.
Donques, ou je me trompe, ou l'Amour n'est archer, Il est harquebuzier: et qui voudra chercher Comme il tire, aille veoir les beaux yeux de Cassandre: Tout soudain de cent pas il luy fera comprendre
15 Si d'un plomb ou d'un trait les cœurs il vient toucher. Il fait de ses beaux yeux son plombet enflamé, Sa poudre de sa grâce, et en ce poinct armé Se jette à la campagne à l'entour de sa bouche: Dans ses cheveux frisez il dresse l'escarmouche,
20 Et du sein d'elle il fait son rampart enfermé.