SUPPLÉMENT
[162] (Texte de 1550)
A Bouju Angevin.
(Ode 2. Livre IV.)
Cetui-ci en vers les gloires Des Dieus vainqueurs écrira, Et cetui-là les victoires 4 De nos vieus princes dira.
Mais moi, je veil que ma Muse Répande ton nom par l'air, Et que toute s'i amuse 8 Si peu qu'elle sçait parler,
Pour estre de nostre France L'un de ceus qui ont défait Le villain monstre Ignorance 12 Et le siècle d'or refait.
Que celui qui s'estudie D'estre pour jamais vivant, La main d'un peintre mandie, 16 Ou l'encre d'un écrivant I
Mais toi qui hautain deprise Une empruntée faveur De la main (tant soit apprise) 20 D'un poëte, ou engraveur,
Tu peus maugré la mort blême Mieus qu'une piume, ou tableau T'arracher vivant toi même 24 Hors de l'oublieus tumbeau.
Faisant un vers plus durable Qu'un Colosse elabouré, Ou la tumbe mémorable 28 Dont Mausole est honoré,
Les Piramides tirées Des entrailles d'un rocher, Jadis des Rois admirées, 32 Le tens a fait trébucher.
Mais si l'esprit poétique Qui m'agite, n'est errant, Plus que nul pilier antique 36 Ton euvre sera durant.
Et si prevoi que la gloire De ton vagabond renom Ne fera sonner à Loire 40 Contre ses bords que ton nom.
Et le tournant en son onde Le rura dedans la mer, Affin que le vent au monde 44 Le puisse par tout semer.
[Texte de 1550J
Contre un qui luy déroba son Horace.
(Ode 3. Livre IV.)
Quiconques ait mon livre pris, Dorénavant soit-il épris D'une fureur, tant qu'il lui semble Voir au ciel deus souleils ensemble 5 Comme Penthée.
Au dos pour sa punition Pende sans intermission Une furie qui le suive:
Sa coulpe lui soit tant qu'il vive 10 Représentée.
BibL rom 200. 6
82 P. de Ronsard, [164. 165
[Texte de 1550]
A CASSANDRE FUIARDE.
(Ode 8. Livre IV.)
Tu me fuis d'une course viste
Comme un fan qui les loups évite
Allant les mammelles chercher 4 De sa mère pour se cacher,
Sautelant de fraieur ce semble
Si un rameau le vient toucher:
Car pour le moindre bruit que face 8 D'un serpent la glissante trace,
Et de genous, et de cueur tremble.
Mais ma vie, et mon ame ensemble
Ne laissent de suivre tes pas, 12 Comme un lion je ne cour pas
Apres toi pour te faire outrage.
Mai donc ma mignonne un peu bas
La cruauté de ton courage.
16 Et toi ja d'âge pour te fandre
Laisse ta mère, et vien apprendre
Combien l'amour donne d'esbas.
[Texte de 1550]