ELEGIE A CASSANDRE
(Ode XXVI, livre II II)
[Texte de 1560.J
Du jour que je fus amoureus, Nul past tant fut il savoureus, Ne vin tant fust il délectable 4 Au cœur ne me fut agréable:
Car depuis l'heure je ne sceu Rien boire ou manger qui m'ait pieu, Une tristesse en l'ame close 8 Me nourrist et non autre chose.
Tous les plaisirs que j'estimois Alors que libre je n'aimois, Maintenant je les desestime:
12 Plus ne m'est plaisante l'escrime, La paume, la chasse, et le bal:
Mais comme un sauvage animal Je me pers dans un bois sauvage, 16 Loin de gens, pour celer ma rage.
L'amour fut bien forte poison Qui m'ensorcela ma raison.
Et qui me déroba l'audace 20 Que je portoi dessus la face Me faisant aller pas à pas, Triste et pensif, le front à bas
88 P- de Ror.sard (Appendice».
En homme qui craint, et qui n'ose 24 Se fier plus en nulle chose.
Le mal que l'on faint d'Ixion
N'aproche de ma passion,
Et mieus j'aimeroi de Tantale 28 Endurer la peine infernalle
Un an, qu'estre un jour amoureus,
Pour languir autant malheureus
Que j'ai fait, depuis que Cassandre 32 Tient mon cœur, et ne le veut rendre.
(Ces vers, publiés pour la première fois dans les Meslanges de 1555, sous le titre d'Ode à Cassandre, furent repris à l'édition collective de> Amours, du Bocage et des Meslanges (Rouen, 1557) pour figurer aux Odes en 1560, avec le titre d'Elégie. Sous ce même titre, dès 1567, ils passèrent définitivement au Livre I des Amours, et, depuis 1578, furent qualifiés de Chanson./
— TjnivôrBJîij
BIBUOTHECA Ottaviena]»