ODE XIX
O Pucelle plus tendre
Qu'un beau bouton vermeil, 3 Que le rosier engendre
Au lever du Soleil,
Et se fait au matin 6 Tout l'honneur du jardin ;
46 P. de Ronsard. [42. — XIX
Plus fort que le l'hyerre
Qui se gri[m]pe à l'entour 9 Du chesne aimé, qu'il serre
Enlassé de maint tour,
Courbant ses bras espars 12 Sus luy de toutes pars:
Serrez mon col maistresse,
De voz deux braz pliez, 15 D'un noeud qui fort me presse
Doucement me liez,
Un baiser mutuel 18 Nous soit perpétuel.
Ny le temps, ny l'envie
D'autre amour désirer, 21 Ne pourra point ma vie
De voz lèvres tirer:
Ains serrez demourrons, 24 Et baisant nous mourrons.
Tous deux morts en mesme heure
Voirrons le lac fangeux, 27 Et 1' obscure demeure
De Pluton 1' outrageux,
Et les champs ordonnez 30 Aux amans fortunez.
Amour par les fleurettes
Du Printemps éternel 33 Voirra noz amourettes
Sous le bois maternel:
Là nous sçaurons combien 36 Les amans ont de bien.
Le long des belles plaines
Et parmy les prez vers, 39 Les rives sonnent pleines
De maints accords divers:
L'un joue, et l'autre au son 42 Danse d'une chanson.
XX— 43] II. Livre des Odes. 47
Là le beau ciel descœuvre
Tousjours un front bénin:
45 Sur les fleurs la couleuvre
Ne vomit son venin,
Et tousjours les oiseaux 48 Chantent sur les rameaux.
Tousjours les vents y sonnent
Je ne sçay quoy de doux, 51 Et les Lauriers y donnent
Tousjours des ombres rnoux.
Tousjours les belles fleuis
54 Y gardent leurs couleurs.
Parmy le grand espace
De ce verger heureux 57 Nous aurons tous deux place
Entre les amoureux,
Et comme eux sans souci 60 Nous aimerons aussi.
Nulle Dame ancienne
Ne se despitera, 63 Quand de la place sienne
Pour nous deux s'ostera,
Non celle dont les yeux 66 Ont surmonté les Dieux