‹ OdesChapitre 6 sur 48 · ODE IIII · texte numérisé non relu

ODE IIII

Quand tu tiendrois des Arabes heureux, Des Indiens les trésors plantureux, Voire et des Rois d'Assyrie la pompe, 4 Tu n'es point riche, et ton argent te trompe. Je parle à toy qui erres Apres l'or par les terres, 7 Puis d'elles t'ennuyant,

La voile au mast tu guindés, Et voles jusqu'aux Indes 10 La pauvreté fuyant.

Le soin meurtrier pourtant ne laisse pas D'accompagner tes misérables pas, Bien que par toy mainte grand'nef chargée 14 De lingots d'or fende la mer Egée.

Le soin qui te tourmente, Suit le bien qui s'augmente, 17 Guidant de-çà de-là

Parmy les eaux ta peine, Qui moins de biens est pleine 20 Quand plus de biens ell'a.

Les larges ports de Venise et d'Anvers De tous costez de tes biens sont couverts, Cherchez par eau, par vent et par tempeste, 24 D'où le Soleil hausse et baisse la teste. Ces pierres achetées Maintenant soient jettées 27 Dedans les eaux encor :

Qu'on remette en sa mine Ceste esmeraude fine, 30 Ces perles et cest or.

24 P'de Ronsard. [27. — III1 V,

»De peu de bien on vit honnestement :

» L'homme qui peut trouver contentement, #N'entre-rompt point son sommeil par la crainte; 34 *Des blez menteurs, ne par la vigne attainte. Ton mal est incurable Avare misérable :

37 Car le soin d'acquérir, Qui sans repos t'enflame, Engarde que ton ame 40 Ne se puisse guarir.

A juste droit tu es ainsi traité:

Car pour vouloir banir la pauvreté, Tu te banis de ta maison, et changes 44 Ton doux pays aux régions estranges. Mais le soin et l'envie, Vrais bourreaux de ta vie, 47 Ne t'abandonnent point: Jour et nuict ils te nu sent, . Et sur ton cœur aiguisent 50 L'aiguillon qui te point.

Et toy vieillard du sepulchre oublieux, Qui jusqu'au ciel esleves en maints lieux Palais de marbre, et ja presque mort, tasches 54 Fendre les rocs que tu bailles par tasches, La terre n'est pas pleine Seulement de ta peine, 57 Mais les poissons aussi Sentent sous tes ouvrages Assis sur les rivages, 60 Leur séjour retrecy.

Bien que par toy un milier de maçons Maint gros rocher animent de façons, Si mourras-tu, et ta maison certaine 64 C'est de Pluton la maison palle et vaine. Donques avare, cesse, Cesse avare, et délaisse 67 Tant de biens amasser :

Le batelier qui garde Le Port d'enfer, n'a garde 70 Pour l'or te repasser.

Là Rhadamant le juge audacieux Fait tourmenter les avaricieux, Et le chetif que douce mort délivre, 74 Aise à son rang là bas il laisse vivre. Si donq' la riche pierre, Tant soit d'estrange terre, 77 Et l'or tant recherché, Foibles n'ont la puissance D'oster la doleance 80 De leur maistre fâché:

Pourquoy l'Egypte iray-je saccager, Pourquoy iray-je aux Indes voyager, Changeant mon aise aux richesses lointaines 84 De l'Orient, quises à tant de peines?

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