‹ Odes sacrées, idylles, et poésies diversesChapitre 55 sur 86 · POEME · texte numérisé non relu

POEME

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Quadrigis pptimus bcne vivere.

Horat. Epist. XI, lîb. i.

Si l'homme , vain jouet de trompeuses chimères , Vivoit toujours heureux sous le toit de $ea pères ; S'il n'y trouvoit souvent la tristesse et f ennui , Content des plaisirs purs qu'il goûteroit chez lui , Jamais il n'eût quitte sa douce solitude.

Pour aller, promenant sa vague inquiétude, Et s'exilant soi-même en des climats lointains , Abréger sa carrière, et traîner ses chagrins.

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Partout où le conduit sa course vagabonde , Errant dans les cites , ou suspendu sur l'onde , Berce par un espoir dont l'appât le séduit , Il cherche le bonheur qui le trompe et le fuit.

Telle , si les frimas épargnoient nos rivages , Philomèle toujours charmeroît nos bocages , Et sous le souffle heureux de zéphyrs éternels , Toujours voltigerait dans les champs paternels. Telle sa triste sœur , si , du haut des montagnes , L'aquilon n'accouroit désoler nos campagnes , N'abandonnerait pas , dans ses %oùt§ inconstans , Le toit hospitalier et le nid du printemps.

Mais tout est passager; ici-bas tout voyage.

Qu'est la vie , en effet ? Un long pèlerinage Dont la tombe est le port, et le trépas la fin : Et l'homme en voyageant accomplit son destin.

Tantôt, pour admirer des spectacles sublimes, Des Alpes il franchit les orgueilleuses cimes, Et dans ces lieux, où règne un éternel hiver, Entend gronder la foudre, et voit briller l'éclair. Tantôt il se suspend aux flancs des Pyrénées : Sur ces neiges toujours de neiges couronnées ,

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Il plonge autour de lui ses regards effrayes, Voit l'aigle qui s'élance et qui plane à ses pieds, Du Tage ou de l'Adour interroge la source.

U descend , et du fleuve accompagnant la course , Le voit verser, partout l'abondance et la paix. Prodiguer à la fois son onde et ses bienfaits; Heureux dominateur des champs qu'il fertilise. S'enorgueillir des biens dont il les favorise , De Gérés et de Flore arroser les trésors , Caresser mollement le gazon de ses bords; Puis , subissant enfin les lois de la nature , Par le vaste canal d'une large embouchure, Terminant à regret son cours majestueux , Vomir dans l'Océan ses flots tumultueux.

Mais il porte ses pas vers l'antique Ausonie, Ce séjour favori des arts et du génie , Qui par ses doux accords, ses exploits et ses vers, Subjugua tour à tour et charma l'univers.

Ici , tout embellit sa nouvelle carrière :

Un soleil plus brillant prodigue sa lumière , Flore sourit toujours à de nouveaux zéphyrs, Et l'ame s'abandonne à de grands souvenirs.

Le voyageur pensif à pas lents se promène , Sur les bords du Tësin , le long du Trasimène. • Là, Scipion, témoin des exploits d'Annibal , S'exerçoit à combattre et vaincre son rival. •

Mais quels divins accords ! quelle docte harmonie ! Cest le Tasse pleurant les amours d'Herminie. Hélas! quand tu chantois Tancrède et ses douleurs, Poète infortuné, tu chantois tes malheurs.

Une muse plus douce a charmé mon oreille :

C'est du sacré vallon la gloire et la merveille. Ici Virgile enfloit les pipeaux de Mopsus , Ou chantoit tour à tour Mélibée et Gallus.

C'est là que, soupirant ses tendres Bucoliques, Ou les vers enchanteurs des douces Géorgiques , Sa muse préludoit à de plus nobles chants.

Vida sut de Virgile imiter les accens.

Lieux chéris des neuf Sœurs ! ô Mantoue! ô Crémone! Bords où brillent les dons de Flore et de Pomone ! Vos poètes encore habitent vos coteaux ; Leur voix mélodieuse enchante vos échos.

Mais Rome élève enfin ses dômes magnifiques , Et l'heureux voyageur aperçoit ses portiques.

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Il salue aussitôt la terre des Césars .

Et porte avec transport ses avides regards

Sur cette illustre ville en héros si féconde,

La reine des cités , et la gloire du monde ,

Qui fit sentir partout l'empire de ses lois.

Conquit toute la terre , et régna sur les rois.

Plein d'une noble ardeur, il marche , il court , il vole ,

Au Cirque, au Champ-de-Mars, au Tibre, au Capitale :

Admirant des Romains les restes éclatans ,

Il déplore partout les ravages du temps ,

Voit la mousse couvrir les colonnes antiques ,

Les noirs festons du lierre ombrager les portiques ,

Le Tibre n'arroser que des lauriers flétris,,

Et couler en silence au milieu des débris.

Il ne voit que ruine. Eh quoi ! de tant de gloire

Il ne reste donc plus que la vaine mémoire !

Paul-Émile , Caton , Scipion , Marcellus,

Vos grands noms sont encore ; et vous, vous n'êtes plus •

Mais une voix auguste ici se fait entendre :

«En regrets superflus cesse de te répandre.

«C'est peu par des exploits d'étonner les humains ;

« Une gloire plus douce attendoit les Romains.

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« Leurs talens, leurs combats , leur vaste renommée ,

« Leurs conquêtes n'étoient qu'une noble fumée.

« De la religion saints et puissans attraits !

« Ici tout est changé : reconnois mes bienfaits.

«Rome règne toujours, et n'a point de jrivale;

• Toujours de l'univers Rome est la capitale.

« C'est moi qui de ce temple auguste et solennel ,

« Le plus beau qui jamais honora l'Éternel ,

« Élevai sur ces bords le pompeux édifice ;

« Sur Rome j'étendis une main protectrice ,

« Et désarmai du Nord les tyrans détestés.

« Le génie et les arts fuyoient épouvantés :

« Je sus les*rappeler ; et dans Rome captive

« Je ramenai bientôt leur troupe fugitive.

« La Croix brille en ces murs qu'ensanglanta Néron ,

« Et Raphaël peignit où parla Çicéron.

« Admire donc toujours cette ville fameuse ,

« Qui, du monde toujours reine victorieuse,

« Donnant aux nations de .plus glorieux fers,

« Sous un plus doux empire asservit l'univers. »

Qu'à regret on poursuit le cours de ses voyages , Quand on quitte le Tibre et ses heureux rivages !

«Pourquoi, dit l'étranger, les arrêts du destin « Ne m'ont-ils pas fait naître au pied de l'Aven tin ? » Mais Naples lui promet de nouvelles délices.

Il sort de Rome enfin sous de rians auspices » Et sur le Pausilype oubliant ses regrets , Parcourt de Portici les ravissans bosquets.

Mais le Vésuve en feu gronde, mugit et tonne: Il voit ce mont altier, que la flamme environne, Jeter dans la nuit sombre une affreuse lueur. Tout s'agite, tout fuit, dispersé par la peur. La montagne, en tr' ouvrant ses bouches menaçantes, Déchire avec fracas ses voûtes mugissantes.

Curieux d'observer ce formidable objet , Dû Vésuve plus calme il atteint le sommet. .

C'est là que du volcan la caverne enflammée Fait jaillir dans les airs des torrens de fumée. Sur le penchant du gouffre il ose s'avancer, Voit sous ses pas tremblans le soufre s'élancer , Contemple avec effroi le ténébreux abîme. * Puis , du mont redoutable abandonnant la cime , Il côtoie , entouré d'objets plus gracieux , D'une paisible mer les bords délicieux ,

Et vient couvrir de fleurs la tpmbe de Virgile.

Mais il doit un hommage aux Muses de Sicile.

Il pénètre bientôt leurs asiles rians.

Parmi les prés fleuris, les bésquets verdoyans, Il entend murmurer les ondes d'Aréthuse, S'égare dans les champs où régna Syracuse.

Tantôt il va rêver sur les bords de l'Acis , Où chanta Théocrite, où soupira Daphnis; Tantôt , près de la mer , sur la rive enchantée. Il voit frémir les flots qui portent Galatée : De Polyphème encore il écoute les chants.

Le suivrai-je au milieu de ces illustres champs Qu'arrosent l'Eurotas , l'Alphée et le Pamise? Aux rives de Tempe, sur les bords du Céphise , A Phalère , au Pirée , aux champs de Marathon ? Là les Grâces dictoient les écrits de Platon , Ou Xénophon charmoit les oreilles d'Athènes : Ici chantoit Sophocle , ou tonnoit Démosthènes.

Le luivrai-je en ces murs, plus célèbres encor, Que Neptune éleva, que défendit Hector? Je le vois d'Ilion fouler l'auguste cendre , L'Iliade à la main côtoyer le Scamandre ,

Franchir le mont Ida , père du Simoïs.

Bientôt je le verrai de l'antique Memphis Interroger le fleuve et les plaines arides , Mesurer la hauteur des vastes pyramides , Ou visiter Palmyre et ses nobles déserts.

Oui , le voyageur seul est roi de l'univers.

Des bords, glacés de l'Ourse à la brûlante zone, Du Niger à l'Obi , du Gange à l'Amazone, Partout il peut porter ses regards et ses pas. Il brave les rochers , les torrens , les frimas , Et le courroux des vents, et la fureur des ondes. Il franchit l'Océan qui sépare deux mondes, Et contemple les bords que Cortez désola , Ou va baigner de pleurs le tombeau d'Atala.

Nous le verrons bientôt , sur les mers de l'Afrique , Affronter la tempête et les feux du tropique. Là, Flore lui promet ses plus rares trésors.

Il voit File de Paul; et, rêvant sur ses bords, Croit entendre au milieu des échos de la rive , De Virginie en pleurs gémir l'ombre plaintive.

Mais quels sort les transports d'un voyageur pieux > Lorsqu'il tourne ses pas vers ces augustes lieux

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\ Où Dieu s'est immole pour le salut du monde ! j

Il foule cette terre en merveilles féconde,. >

Où le saint conducteur du volage Israël

Reçut et promulgua les lois de l'Éternel.

D'Horeb et de Sion il voit les nobles cimes

D'où Jéhovah dictoit ses oracles sublimes.

Bethsaïde, Naîm, Nazareth, Bethléem,

Noms antiques et chers! Et toi, Jérusalem!

Humblement prosterne sur ta poussière sainte,

De ton temple superbe il cherche en vain l'enceinte :

Le souffle du Seigneur a tout anéanti.

Gëdron ne coule plus; le Jourdain, ralenti,

Semble pleurer les jours de son ancienne gloire.

Le triste voyageur rappelle en sa mémoire

Du saint roi d'Israël les chants et les exploits.

Il révère du ciel les rigoureuses lois ,

Et partout en ces lieux, entoure de prodiges, *

D'un Dieu sauveur du monde adore les vestiges..

Mais ces plaisirs si doux ont aussi leurs dangers.

Combien de fois, errant sur des bords étrangers,

Des tigres dévorahs près d'être la vjctime,

Ou voguant suspendu sur les flots de l'abîme,

Jouet des élémens contre lui conjurés, Pâle , et levant au ciel des yeux désespérés, Il sentit s'élever dans son ame. attendrie Le souvenir chéri de sa douce patrie !

O mille fois heureux le sage voyageur Qui, chez lui de la paix savourant la douceur, Gesse d'errer au gré de son ame inquiète !

Heureux qui, sans sortir de son humble retraite, Paisible citoyen du foyer paternel , Y goûte un doux repos ! Plus heureux le mortel Qui, terminant enfin son douloureux voyage, Se présente sans crainte au terrible passage, Et, bravant de la mort l'aiguillon redouté, Sourit au jour brillant de l'immortalité!

SDR LA MORT

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