‹ Odes sacrées, idylles, et poésies diversesChapitre 57 sur 86 · DE SA MAJESTE LE FEU ROI · texte numérisé non relu

DE SA MAJESTE LE FEU ROI

LOUIS XVÏH.

Quis dcsiderio sitpudor 9 aut modus ?

(Hoa., Od. a4,l. I.)

Il n'est plus, ce bon Roi qu'adoroit sa patrie, Dont le sceptre a brisé les fers de ses sujets, Et qui faîsoit compter à la France attendrie Ses- jours par ses bienfaits !

11 n'est plus! cet objet de nos justes alarmes : Le ciel l'appelle au sein de l'immortalité' , Et redemande un bien que, pour tarir nos larmes, Il nous avoit prête.

Que dis-je? il vit toujours. Après un long orage. Il jouit aujourd'hui des délices du port :

De l'auteur de la vie impérissable ouvrage , Il a vaiftcu la mort.

Pourquoi sur son tombeau verser des pleurs stériles? Au pied des saints autels demandons au Seigneur, Pour celui qui nous fit des jours doux et tranquilles, La paix et le bonheur.

De votre amour pieux suivez l'élan sublime, Français; et que, sans cesse offert par votre foi, Le sang de votre Dieu, salutaire victime, Coule pour votre Roi.

Mais que vois-je? du ciel les barrières s'entr'ouvrent; Dieu daigne m'expliquer ses plus secrets desseins.

A mes yeux éblouis les voiles«se découvrent:

Je vois le Saint des Saints.

Dans l'éclat radieux dont sa gloire étincelle , Louis de son bonheur voit commencer le cours : Quel regard imposant! que sa couronne est belle! Louis règne toujours.

Mais c'est peu de régner. Sur son royaL visage De l'immortalité brille un rayon divin; Des voûtes du trépas le ténébreux passage Rend son front plus serein.

Ainsi l'astre du jour, quand un nuage sombre Obscurcit sa lumière, en émousse l'ardeur, Dans les plaines de l'air , libre et vainqueur de l'ombre Ranime sa splendeur.

Près de Louis , deux Rois d'éternelle mémoire À son triomphe heureux s'empressent d'applaudir : De la croix et des lis le premier est la gloire ; L'autre en fut le martyr.

On vit reluire en eux sors la pourpre suprême L'éclat de rinnoceoce et de l'adversité:

Ornemeat douloureux, mais qui du diadème Double la majesté.

Près d'eux est un héros, jadis notre espérance , Qui fit changer en pleurs notre amour et nos vœnx. Hélas! comme ces Rois il vécut pour la France, Et sut mourir comme eux.

Du séjour de la gloire il contemple son père, Souverain adoré de son heureux pays; A d'immortels exploits il reconnolt son frère, Et sourit à son fils.

Dans les yeux de Louis la joie éclate et brille. Il bénit aujourd'hui les malheurs d'autrefois Qui lui font dans le ciel trouver une famille De héros et de Rois.

Des célestes faveurs enivrée et ravie,

Son âme encor pour nous médite des bienfaits.

Louis pense à son peuple, et regrette une vie Utile à ses sujets.

Il nous voit, il nous parle. Écoutons son langage ; A ses sages conseils soyons obëissans.

Le Dieu de vérité dont il ëtoit l'image Inspire ses accens.

O vous qui le serviez d'un cœur pur et sincère , Qui goûtiez le bonheur de vivre sous sa loi , Français qui le pleurez, écoutez votre père, Écoutez votre Roi :

« Calmez votre douleur : la gloire m'environne ; «Je dépose mon sceptre au pied du Tout-Puissant. « Sa main donne et reprend la vie et la couronne : « Français , Dieu seul est grand.

« Les vertus qu'en ses Rois la France entière adore « De ses saints attributs sont un foible rayon ; «Il comble les. souhaits du pauvre qui l'implore: «Français, Dieu seul est bon.

igi ODE.

« Je l'invoque pour vous. Qu'il couvre de ses ailés « Un peuple , unique objet de mes plus tendres vœux. «À ses lois, à mon sang soyez toujours fidèles, « Et vous vivrez peureux.

« Quand de l'impiété l'inévitable trame « M'imposent du malheur la rigoureuse loi , « Jamais ses flots amers n'ont submergé mon ame «Immuable en sa foi.

« Imitez cet exemple, et suivez d'âge en âge « La route des Bourbons , l'honneur et le devoir. « Dans le calme du port, comme au fort de l'orage, « Que Dieu soit votre espoir.

« Il vous aima toujours. Oui , sa toute-puissance « Saura rendre immortel l'empire de Clovis.

« Il semble associer à sa durée immense « Le sang de Saint-Louis.

« La France a triomphé des vains efforts du crime , « Et trompé des médians l'espoir audacieux.

« Elle renaît plus belle; et , du fond de l'abîme,

• S'élance au haut des deux (1).

« Mon peuple! en vous quittant, un père, un ami tendre « Vous remet dans les mains de son frère chéri. «Que votre amour l'entoure; il a, pour y prétendre , « Le cœur du grand Henri.

« Vous êtes nos enfans : oui, vos Rois sont vos pères. « Ma famille est la vôtre. O Français, aimez-nous; « Oubliez vos malheurs. Adieu, yivez en frères :

• O Français , aimez-vous. »

(1) On reconnoit dans cette strophe l'imitation de ee vers dHoRAcs :

MêTMt profmndo , pulehrior Mviuf .

(Od. 4,11V.)

Dans la dernière audience dont l'auteur a été honoré par le feu Roi Louis XVIII , peu de mois arant la mort de ce prince , S. M. lui cita ce rers, en l'appliquant à la France avec cette justesse et cette grâce qui lui étoient particulières.

De la pièce intitulée ,

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