‹ Odilon Redon, peintre, dessinateur et graveurChapitre 22 sur 74 · L'AMI DES OISEAUX · texte numérisé non relu

L'AMI DES OISEAUX

« Chaque jardin de Paris a son ornithophile ou, si Ton préfère une expression moins pédante et plus jolie : son ami des oiseaux. On connaît, aux Tuileries et au Luxembourg, maints donneurs de petites miettes. Et les moineaux, chers à Coppée, les connaissent mieux que nous.

" Le Parc Monceau a, lui aussi, son porteur de pain quotidien, chargé sans doute par l'Eternel de donner la pâture à qui vous savez. Les enfants l'appellent le " monsieur décoré " et accourent sitôt qu'ils voient son pardessus fleuri de rouge et sa cape marron.

« Ils Ignorent (et leurs gardiennes ne savent pas davantage) que le monsieur décoré, peintre charmant de fleurs de rêve, est M. Odilon Redon. '

Et l'artiste, avec cette pointe d'ironie malicieuse, dont il savait user finement à l'occasion, disait que, dans sa vie, beaucoup d'articles l'étaient venus contrister, quelques-uns le satisfaire un peu, mais que celui-là seul lui avait causé un plaisir sans mélange.

(9) Arl Redon était alors âgé de 25 ans. Il avait fait son service militaire dans la Section des ballons qu'organisait le colonel (depuis général) Hlrschauer. A l'égard de l'aéronautique, il possédait donc une instruction sérieuse et une réelle compétence. C'est dans cette arme que, parti sergent, dès le deuxième jour de la mobilisation, il fit toute la guerre, se distinguant en diverses occasions, et notamment dans les dures offensives allemandes de la première moitié de 1918. 11 revint indemne, avec le grade de sous-lieutenant.

(10) Au sujet de l'enseignement pratiqué par Gérôme, voici quelques détails complémentaires, et qui feront plus pleinement comprendre en quoi il devait fatalement répugner à toute nature spontanée et indépendante : " Gérôme engageait les jeunes gens à simplifier leur palette ; c était un avis excellent : une palette trop chargée est un bagage encombrant qui gêne 1 œil. Mais il leur prescrivait aussi de faire leurs tons d avance et ceci était moins bon. C est devant le modèle que 1 artiste doit préparer ses tons, au moment même de les appliquer, sinon, il ne fait rien de sincère et de personnel. La peinture, selon les prescriptions de Gérôme, n est plus que 1 enluminure à la manière de I imagerie d Epinal.

" Dans le programme de travail hebdomadaire, figurait encore la confection d une esquisse que le patron corrigeait avec sa conscience habituelle. Le principe n était pas mauvais, puisqu il avait pour but d'habituer les élèves à composer un tableau. Cependant, dans la pratique, il n aboutissait qu'à donner naissance à une quantité de compositions conformes au goût du maître et dans lesquelles la recherche archéologique la plus puérile tenait une place prépondérante ". Georges RlviÈRE, Renoir et ses amis, Paris, H. Floury, 1921, p. 54.

(11) Nous n'avons certes point la capacité professionnelle — et d ailleurs ce n'est pas Ici le heu, pour analyser l'œuvre d'Armand Clavaud.

Mais peut-être nous saura-t-on gré de donner le résumé de quelques recherches que nous avons effectuées sur ses travaux, à la Bibliothèque du Muséum, à Pans. Nous remercierons, à cette occasion, M. de Nussac, bibliothécaire, de ses obligeantes indications.

Et d abord, voici par l'un de ses confrères, le porlrait esquissé du savant lors de sa mort, survenue dans des conditions très tristes après une douloureuse maladie. " Nommé membre titulaire le 17 février 1875... la Société (Llnnéenne de Bordeaux) avait pu apprécier... les qualités brillantes de ce savant distingué.

" M. Clavaud était un travailleur infatigable, un observateur consommé, un homme d'un savoir sûr et étendu. Aussi était-il tout désigné comme titulaire de la chaire municipale de botanique...

" Il déploya dans cette fonction cette clarté, cette méthode et en même temps cet humour spécial qui rendait attrayants les sujets les plus arides...

" Botaniste par goût, il avait cette qualité maîtresse qui mène aux résultats féconds : je veux parler du feu sacré. Qui de nous ne l'a vu dans ses nombreuses communications à la Société, alors qu il s'enfonçait dans ces descriptions si sèches par elles-mêmes, s'animer, s'enflammer et faire vivre,

SI )e puis ainsi dire, ce monde qu'il connaissait si bien. Ce n'étaient pas de simples et banales énumérations de caractères qu'il trouvait dans les grandes espèces végétales ; c'étaient en quelque sorte des attributs qui faisaient de chaque plante une personnalité vivante. Grâce à une méthode rigoureuse d'observation sagace. grâce à sa conception si originale de l'espèce, il était en train de renouveler la systématique botanique présentée le plus souvent dans un esprit suranné et absolument terre-à-terre.

' Sous un titre modeste, sa Flore Je la Gironde, produit de longues années de recherches... porte le cachet d'un esprit véritablement supérieur. Ce n'est pas, comme on pourrait s'y attendre, une courte énumération des plantes rencontrées dans le département, mais bien une revision d'un ordre bien plus élevé de la plupart des familles végétales indigènes.

"Son œuvre avançait... Dans nos dernières séances, il nous faisait part de ses recherches sur un des genres les plus difficiles à étudier du règne végétal, le genre Callilrkhe, et nous apportait à l'appui de ses observations, une quantité de planches dessinées par lui-même avec ce soin méticuleux d'anatomiste, cette habileté consommée d'artiste, qui en font de véritables chefs-d'œuvre. Tout nous faisait prévoir également un travail important sur les Rubus.

Malheureusement, la mort a tout fauché... ». Acles de la Société Linnéenne de Bordeaux. Vol. XLIV, 5'' série, t. IV, 1890. Bordeaux, J. Durand, 1890. Extraits de Procès-verhaux des séances de la Société... (Séance du 3 décembre 1890). Discours prononcé aux obsèques de M. Clavaud par le Président de la Société, le 4 décembre 1890.

L'ouvrage principal auquel il est fait allusion fut publié comme suit : Flore de la Gironde, \" fascicule, Thalamiffores. Actes de la Société Linnéenne de Bordeaux, vol. XXXV, 4'' série, t. V, Bordeaux, Imp. Durand, 1881, p. 121 à 226, planches à la suite. — 2""^ fascicule, Cu/iciT/orcs (1'^' partie).

— D'°, 1884, p. 461 à 583, avec 4 planches. — Il a été fait également un petit nombre de tirages à part.

On retrouvera dans les Actes de la Société Linnéenne de Bordeaux, de très nombreuses communications de Clavaud sur des sujets divers.

(12) Les véritables créateurs de la Tératologie comme partie spéciale de la science sont les Geoffroy Saint-Hilaire, qui lui ont consacré de nombreux travaux pendant la première partie du Xix" siècle.

Voir notamment : Et. Geoffroy Saint-Hilaire, Philosophie anatomique, t. II, Des monstruosités humaines. Pans, 1822. — Id., Considérations générales sur les monstres. Dictionnaire classique d Histoire naturelle, 1826.

Et : Isidore Geoffroy Saint-Hii^IRE, Histoire générale et particulière des .Anomalies de l'organisation chez l'homme et chez les animaux... ou Traité de la Tératologie. Pans. J.-B. Baillière, t. I, 1832.

— T. II et III, 1336. avec atlas.

On consultera utilement un livre paru au cours de ces dernières années : E. Rabaud (Encyclopédie scienli/ique), La Tératogénèse, Pans, .4. Doin & fils, 1914. A la fin du volume, un abondant Index bibliographique mentionne les principaux auteurs qui se sont occupés de la matière.

('3) Nous avons jadis essayé une définition de I Impressionnisme, laquelle, si on la considère comme acceptable, fera ressortir la séparation bien marquée avec les tendances et l'art de Redon : <i ]J Impressionnisme nous paraît : la revendication de la libre personnalité de l'artiste en dehors de tout contrôle académique, par un groupe de peintres contemporains, dont la plupart se filient à l'école des Paysagistes, dite de 1830... avec l'apport particulier de recherche d'effets plus lumineux — et l'emploi d'une technique appropriée par l'usage d'une palette de couleurs pures et la division des tons. » A. M., L'Exp. de 1900 et llmp., op. cit., p. 3.

A tenir compte également de la définition d'ordre plus philosophique, due à un critique très compétent : " L'Impressionnisme, dans les œuvres qui le représentent le mieux, c'est une peinture qui va vers le phénomène, vers l'apparition et la signification des choses dans 1 espace et qui veut faire tenir la synthèse de ces choses dans l'apparition d'un moment. ' G. GefFROY, La Vie Artistique, Paris, Denlu, 1894, troisième série. Histoire de TImpressionisme, p. 8.

(14) " Comment définjrons-nous le Mouvement Idéaliste?

La tendance d'artistes cherchant à échapper à la contingence par l'inspiration et le mode d'expression. En d'autres termes : tandis que le rénlisle prend pour but final de reproduire la nature dans la sensation directe qu elle fait éprouver, — 1 idéaliste ne veut y voir que le point de départ éloigné de son œuvre. Tout réside pour lui dans la transformation cérébrale, entièrement subjective, que lui fait subir notre esprit. Il ne s'agit plus de sensation, c'est-à-dire de la chose perçue indépendamment de la volonté, mais de Vidée que nous en dégageons, pur concept que l'artiste cherchera à exprimer uniquement, sans se préoccuper des exactes objectivités qui en ont été la cause.

L'oeuvre d'art actuelle, a dit M. G.-Albert Aurier, critique autorisé (Le Symbolisme en peinture, Paul Gauguin, article paru dans le Mercure de France, de mars 18''l), devra être :

" 1° Idéiste, puisque son idéal unique sera l'expression de l'idée;

« 2" Symboliste, puisqu'elle exprimera cette idée par des formes ;

" 3° Synthétique, puisqu'elle écrira ces formes, ces signes, selon un mode de compréhension générale ;

• 4° Subjeclii'e, puisque l'objet n'y sera point considéré en tant qu'objet, mais en tant que signe d'idée perçu par le sujet ;

' 3° (C'est une conséquence) Décoratiie... "

L écrivain ajoute encore à ces qualités, pour que l'artiste soit complet : « Le don d'Emotivité, non point certes cette émotivité que sent tout homme devant les illusoires combinaisons passionnelles des êtres et des objets... mais cette transcendantale émotivité, si grande et précieuse qui fait frissonner l'âme devant le drame ondoyant des abstractions ■'.

Nous voici en présence d'un programme idéaliste bien différent du réalisme ». AndrÉ Mellerio, Le Mouvement Idéaliste en peinture, H. Floury, Paris, 1896, p. 9 et 10.

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