SCÈNE I
Albert, un jeune homme, ancien employé d’une entreprise de transports, vient à passer en compagnie de Thaller et de Nicolo. Thaller un monsieur d’un certain âge, au premier coup d'il fait très bonne impression, au second un peu moins. Nicolo non plus n’inspire pas vraiment confiance, et ce dès le premier coup d'œil. Mais il est vêtu comme un gentleman.
THALLER. — Voici donc le numéro neuf Belle bâtisse. ALBERT. — Vieille.
THALLER. — Probable. Et le logement au-dessus de l'horlogerie est à louer ?
ALBERT. — Il est vide. (Un silence.) C’est petit, cette horlogerie. Le coffre est à droite en entrant. L’horloger dort à l’arrière.
NicoLo. — Et là-bas, c’est le soupirail de la cave. ALBERT. — Oui.
Un silence.
THALLER. — Combien tu as dit ? Trois mille ?
ALBERT. — Süûr.
NicoLo. — J’ai plutôt un bon feeling, moi.
Un silence.
ALBERT. — Moi, j'y vais pas.
THALLER. — Qu'est-ce que ça veut dire ?
NICOLO, le coupant. — Comme ça, tout d’un coup ? Un silence.
ALBERT. — Je vous conduits. Je vous indique des coups, mais j'y vais pas.
NICOLO, tonique. — "Tu veux te lancer dans une nouvelle vie ? THALLER. — Pas d’actions irréfléchies, surtout !
Un silence.
ALBERT. — Une nouvelle vie... Hum. Suffit pas de vouloir. THALLER, ricane. — Probable.
ALBERT. — Ga concerne quelqu’un d’autre.. pas moi ! NICOLO. — On peut savoir ?
Albert reste silencieux.
THALLER. — Sans doute quelque madone. Qui va le quitter, ou l’a déjà fait.
ALBERT, avec un rictus. — Touché !
NICOLO. — Pas bien sorcier !
THALLER. — Elle a quelqu'un d’autre, et ça date pas d’aujourd’hui, exact ?
ALBERT. — Elle n’a personne d’autre.
THALLER. — On parie ?
ALBERT. — Je ne suis pas parieur.
NicoLo. — Il n'aime pas le risque.
ALBERT. — Bien. Je vais parier ! À cent contre un !
THALLER. — "Tope-là ! Même à cent contre deux !
NICOLO. — Trop risqué !
ALBERT, s’emportant. — Qu'est-ce que vous y comprenez, vous autres ?
Il sort, furieux.