SCÈNE
À présent, Irène sort de son magasin de fleurs avec Émile, un futur marié. Il est là pour acheter le bouquet de la mariée et hésite toujours. Il a un caractère mélancolique et hume les fleurs exposées sur le trottoir:
IRÈNE. — Les jacinthes aussi sentent bon.
EMILE. — Trop sévères.
IRÈNE. — Eh bien, revenons-en aux roses, monsieur Emile. Le bouquet idéal pour la mariée. Les roses portent chance.
EMILE, avec douleur. — Chance ?
IRÈNE. — Bien sûr. C’est une superstition, mais moi, j'y crois. Pas vous ?
ÉMILE, — Quand il le faut.
IRÈNE. — Vous n’avez pas l’air de vivre ce jour comme un jour de joie, pas du tout alors.
EMILE. — C’est que je ne suis pas quelqu'un de léger... Le mariage n’est pas un jeu d’enfants. Vous aussi, vous avez été fiancée. On apprend des choses quand on vit sous un même toit.
IRÈNE, le dévisageant. — Que voulez-vous dire ?
EMILE. — Je veux dire qu’on a vite fait de sacrifier son cœur à une personne qui en est indigne.
IRÈNE. — Vous êtes méchant, au fond, monsieur Emile,
EMILE. — Vous vous trompez cruellement. Dommage. Si je n’épousais pas déjà quelqu'un d’autre, je me marieraïis avec vous. Sans rire. Vous avez bon caractère, et les fleurs, c’est un métier agréable.
IRÈNE. — Trop aimable.
EMILE. — Le houx, c’est combien ?
IRÈNE. — Il est à un prix très intéressant.