LES GOUTS DE LUXE
L'usure des tapis, la tache du plafond,
L'appui de fer rouillé qui borde le balcon,
Les fleurs de ces rideaux et leur étoffe ancienne,
Ce bouquet sec au fond d'un vase en porcelaine,
Et ce trou dans le mur et le miroir rayé,
Ces morceaux de charbon qui roulent du foyer,
Les objets témoignant d'un goût pauvre et vulgaire,
Et la banalité des meubles, la poussière,
L'ennui de tout cela m'empêche de t'aimer.
Vois-tu, c'est un désir que rien ne peut calmer,
Misérable, analogue aux désirs qu'ont les filles,
De clinquant, de beautés voyantes et qui brillent...
Je chéris bassement les velours et les ors,
Les lambris luxueux et les riches décors,
L'infini des miroirs aux flammes des bougies,
Les beaux appartements, leur faste et leur magie...
La richesse a pour moi des attraits tout-puissants;
J'affecte de la mépriser, mais par mon sang
Je voudrais en payer l'avide jouissance.
Ce cœur qui t'a semblé si simple d'apparence,
De ton amour tout seul demeure insatisfait,
Et tes mains sans bijoux et tes cheveux défaits
Lui paraissent moins beaux que le luxe des chambres
Où les coussins épais ont un fin parfum d'ambre,
Où l'air est tendre ainsi qu'un bain délicieux.
Où la soie qui frémit, les lampes et le feu
Mettent de bleus éclairs dans l'or des chevelures.
Aux palpitations profondes des tentures.
LES LÈVRES ET LE SECRET l43