‹ Œuvre amoureuse et sentimentaleChapitre 123 sur 172 · LES BONHEURS PERDUS · texte numérisé non relu

LES BONHEURS PERDUS

Oh ! les bonheurs perdus, oh ! les heures stériles Où l'on se blesse en vain, où l'on se fait souffrir, Les reproches, les pleurs, les plaintes inutiles, Le pur trésor des cœurs qu'on gaspille à plaisir !

lG6 L'ŒUVRE SENTIMENTALE ET AMOUREUSE DE MAURICE MAGRE

On cherche au fond de soi les phrases qui déchirent, Les détails un peu vrais qui froisseront l'orgueil, Et l'on se frappe sous le masque des sourires... Des deux chers ennemis, l'un doit rester vainqueur.

L'on fait d'autant plus de mal qu'on s'aime davantage. Souvenirs, chers secrets, petits aveux très doux, C'est comme un beau pays qu'on brûle et qu'on saccage, Et jamais l'un des deux ne crie : arrêtons-nous!

Pourtant, si l'on savait ! Tout s'en va ! L'amour s'use ! C'est comme un vêtement qu'on a mis trop souvent, Il s'élime, il devient luisant, ses déchirures, Que l'on rapièce mal, laissent passer le vent.

Plus jamais ! C'est la loi fatale, inexorable ! On veut recommencer, on tend les bras encor... On es saie d'effacer les mots irréparables Et de ressusciter les baisers qui sont morts.

Mais les premiers regards, l'adorable confiance, Mais le charme léger, l'harmonie, la douceur, La causerie errante au gré des confidences, Plus jamais! plus jamais! C'est l'abîme des cœurs...

Imprudents! vous avez laissé la porte ouverte

A cet hôte qui sort et qui ne rentre plus...

Et c'est le feu qui meurt, c'est la chambre déserte,

Ce sont les bouquets secs, c'est l'anneau d'or perdu...

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