LA COQUETTERIE DES HOMMES
Nous avons, nous aussi, nos fards, nos artifices,
Nos crayons, nos carmins, nos kohls, nos polissoirs,
Notre coquetterie auprès de nos miroirs.
Nous peignons savamment nos cœurs avec délice.
Elles, scrutent longtemps les tares de leur peau,
La veine qui se gonfle, un signe, un pli nouveau
Et savent avec art cacher la moindre ride.
Nous de même, nous contemplons, d'un œil avide
Chaque forme que peut affecter notre esprit.
Nous pesons ce qui pleure et pesons ce qui rit;
Selon le temps, la femme à qui nous voulons plaire,
Nous nous montrons avec une âme sombre et claire;
Nous nous sommes si bien travestis, corrigés,
Avec de faux désirs, des rêves arrangés,
Des semblants d'enthousiasme et d'apparentes fièvres,
Des délires plaqués comme du rouge aux lèvres,
Un simulacre d'amertuneou de douleur
Que l'on ne peut jamais savoir notre vrai cœur.
Ah ! nous sommes égaux, chacun porte son masque 1
Nous nous tendons les bras de loin, dans l'ombre opaque
Que nous-mêmes avons tissée autour de nous.
Elle allonge ses yeux, elle blanchit son cou,
Je donne à ma pensée des formes imprévues.
Chacun peint de son mieux son visauc et son cœur,
L'un, c'est avec des mois, l'autre, avec des couleurs
Et nous gardons toujours des âmes inconnues.