PARAITRE HEUREUX
Il faut paraître heureux; si l'on a du chagrin, Celle que nous aimons se tait et se dérobe; On la sent s'éloigner dans le froissement vain Que fait en s'en allant l'étoffe de sa robe.
Elle essaiera peut-être un instant de parler, Des mots affreusement glacés, pauvres et vides. Qui blessent davantage au lieu de consoler Et le choix de ses mots est cruel et perfide.
l82 L'ŒUVRE SENTIMENTALE ET AMOUREUSE DE MAURICE MAGRE
Elle hait cette peine hostile à son bonheur, Elle nous punira d'avoir été si faibles. Nous serons moins aimés et déchus dans son cœur, Et pour avoir souffert nous serons prives d'elle.
Il faut paraître heureux... pour l'ami, le passant. Chacun craint le malheur comme une maladie Qui se gagne et répand un ennui tout-puissant. La plus chaude tendresse est par lui refroidie.
On y compatit bien, on a pitié, mais vite Et c'est à cause d'un devoir qu'on s'est tracé... On reconnaît de loin l'homme triste; on l'évite... Pour suivre son bonheur on est toujours pressé.
Il faut paraître heureux, mais surtout à nous-même ; Chaque peine nouvelle est un pas vers la mort. Pour sa conscience autant que pour ceux que l'on aime, Il faut paraître heureux si l'on veut être fort.
Ah ! malheur à qui perd la confiance ancienne Dans sa propre pitié, c'est là qu'est l'ennemi. On se plaint, on se fuit pour sa douleur, la sienne, On est comme la femme, on est comme l'ami.