‹ Œuvre amoureuse et sentimentaleChapitre 143 sur 172 · SON AMIE · texte numérisé non relu

SON AMIE

Tu me parles souvent des yeux de Gaétane. Ce sont, dis-tu, des yeux profonds, noirs et charmants, Toujours des halos bleus les cernent et les fanent... Qu'ont-ils donc désiré pour te sembler si grands?...

Est-ce des yeux de vierge, est-ce des yeux de femme ? Pleurent-ils des regrets, pleurent-ils du passé? Les as-tu fait pleurer? Ont-ils même des larmes? Gomme des lacs d'hiver, sont-ils clairs et glacés?

Tu me parles souvent du cœur de Gaétane, Un cœur d'enfant, un peu rêveur, un peu pervers, Plein de purs sentiments qu'il déchire et profane, Troublé par les chaleurs des sens e1 les beaux vers...

Tu me parles souvent de ses mains, de ses lèvres,

Où le sang qui remue a d'étranges ardeurs...

De ses poignets frôlés émane de la lièvre...

Tu me dis que son corps a des formes de fleurs...

LES LÈVRES ET LE SECRET l8g

Quels sont ces yeux troublés d'un rêve que j'ignore? Des secrets de ce cœur, ne fus-tu pas blessée? Et ce corps dont la peau ressemble à de l'aurore, Ne t'a-t-il pas un soir trop longuement pressée?

Je sais trop jusqu'où vont ces amitiés de femmes... D'abord ce sont des pleurs que l'on veut effacer... Mais pour sécher les pleurs, les baisers ont des charmes; La bouche boit les pleurs, mais la bouche a glissé...

Pour un petit chagrin les lèvres se confondent... Les regards viennent de plus loin et sont plus beaux... Sous l'ombre des bandeaux défaits les peaux sont blondes. Et la chambre, les fleurs, le soir, tout est nouveau...

... Non, non, arrêtez-vous, lèvres de Gaétane!

Sois moins tendre, cher cœur! Beaux yeux, soyez moins doux!

Voluptueuse chair, dont le désir s'émane,

Éteins cette chaleur qui pourrait rendre fou.

... Amie aux yeux d'acier, curieuse et perverse, J'ai vu dans votre robe entr'ouverte, en passant, Un long corps amoureux qui penche et se renverse Sur un corps souple et cher qui plie en frémissant...

If)0 L ŒUVRE SENTIMENTALE ET AMOUREUSE DE MAURICE MAGRE

Songez que le plaisir a des lèvres cruelles; Son étreinte est fatale, il mord en caressant. Il a pour compagnon les tristesses fidèles Et les remords charnels plus fades que le sang...

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