‹ Œuvre amoureuse et sentimentaleChapitre 171 sur 172 · LA BEAUTÉ QUI FUIT · texte numérisé non relu

LA BEAUTÉ QUI FUIT

Chacun a sa beauté, il la recherche, il l'aime, C'est un être dansant qui marche dans ses jours, Tous ses plaisirs n'en sont que les fuyants emblèmes. Il donne pour la voir sa peine avec amour.

Chacun a sa beauté; pour l'un c'est une image, Pour l'autre un souvenir et pour l'autre une croix... C'est le contour d'un sein ou celui d'un rivage, Une lettre d'amour ou le vent dans les bois.

Il la possède, il vit dans cette certitude Qu'il porte le secret d'un trésor dans l'esprit. Que ce soit une femme ou des livres d'étude Une forme de chair ou des rêves écrits...

Que ce soit la douleur ou le masque du rire, C'est elle, un idéal avec sa vérité.

Chacun la connaît bien, la conserve et l'admire... Moi je n'ai jamais su quelle était ma beauté.

Quelquefois je la sens, elle est là toute proche, Je pourrais la saisir si je tendais les bras... Elle s'évanouit comme le bruit des cloches Et comme le passant qui s'éloigne là-bas...

2l\\ L'ŒUVRE SENTIMENTALE ET AMOUREUSE DE MAURICE MAGRE

Est-elle dans les yeux de la femme que j'aime, Dans l'étourdissement du voyage et des mers? J'ai beau chercher, j'ai beau regarder en moi-même, Je ne vois pas les feux du flambeau qui m'est cher.

Si tu restes comme un fantôme insaisissable, Si je ne vois jamais qu'une ombre ou qu'un profil De ce qui me paraît charmant ou désirable, Ah! le but de la vie, alors, où donc est-il?

Beauté, beauté qui fuis toujours, tremblante image,

Toi que j'ai poursuivie si désespérément

Sans même deviner la ligne du visage,

Que j'entendais parler et chanter vaguement,

Dans les derniers éclats des orchestres qui meurent. Que j'ai cru voir dans la finesse d'une main, Dans la courbe du dos d'un pauvre homme qui pleure, Ah! pourquoi passes-tu, beauté, dans mon chemin?

Ton plaisir est amer, ta joie est incomplète, Je n'éprouve jamais qu'un frisson de beauté... Une seule minute et l'ombre s'est refaite... Pourquoi suis-je entre tous par toi déshérité...?

Les autres ont aux yeux des ardeurs plus durables. Moi seul, je te connais et ne peux te parler. Pourquoi suis-je effleuré de rêves admirables Que je ne dois étreindre ou même contempler?

Pourquoi m'as-tu donné ces vœux contradictoires Et cette âme si pauvre et si riche à la fois, Qui porte tour à tour la misère et la gloire Et te chérit, beauté, et ne sait pas pourquoi?

JVIa Sifieetùté

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