‹ Œuvre amoureuse et sentimentaleChapitre 19 sur 172 · LES DISTRACTIONS DU SOIR · texte numérisé non relu

LES DISTRACTIONS DU SOIR

Ils me diront : « Venez avec nous respirer

La chaude nuit d'été sur Paris répandue

Et le parfum d'amour des plaisirs rencontrés... »

Mais moi j'aimerai mieux aller seul par les rues.

Si je vois un ami, sans voir je passerai

Et même je courrai si j'entends qu'il m'appelle.

Si j'ai des rendez-vous, exprès je l'oublierai.

La vie au promeneur en somme est riche et belle.

Quand on porte un chagrin, il faut le porter loin Pour le laisser un peu s'égrener sur la route. Ce soir-là je fuirai ma pensée avec soin : Le souvenir se tait quand personne n'écoute.

On me verra debout devant les magasins. Je les regarderai longtemps de mes yeux vides. Un autre, puis un autre et l'on suit son chemin... Les vitrines pour moi seront toutes splendides.

L'orchestre des cafés me fera grand plaisir. Mais quels airs? ah! cela je ne saurais le dire... Peut-être de m'asseoir aurais-je le loisir? Peut-être un menu fait me fora-t-il sourire?

Ce sera long, très long, je marcherai très tard... Nuit de Paris! de la poussière, des figun îs, De la musique, un infini de boulevards Et tous les désespoirs errants dans les voitures...

Et quand enfin j'arriverai devant mon seuil, Je me dirai : « J'ai bien passé cette soirée... » Mais alors sur la porte étroite et sans accueil, J'aurai subitement l'âme désespérée.

J'aurai l'effroi de l'escalier mal éclairé De la chambre et du lit où dort mon habitude Et brisé par la nuit qui meurt,, je m'assiérai Peut-être là, pour sangloter de solitude...

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