‹ Œuvre amoureuse et sentimentaleChapitre 8 sur 172 · LE BAISER D'ADIEU · texte numérisé non relu

LE BAISER D'ADIEU

Elle devait partir pour toujours, à l'aurore Et pour me dire adieu m'éveiller d'un baiser. Ah ! ce dernier baiser serait plus doux encore Que tous les vieux baisers sur nos lèvres posés.

Nous l'avions convenu, c'était irrévocable. Nous devions nous quitter sans pleurs, sans désespoir, En grands amis loyaux et de haine incapables, Comme si nous devions nous retrouver le soir.

Aussi, lorsque trembla près de nous la veilleuse, Tandis qu'elle dormait déjà, je m'accoudai Pour voir le sein parfait, l'épaule merveilleuse Mettre un luxe charnel parmi les draps brodés...

Et j'écoutais, auprès de sa forme drapée A peine, que le bleu de l'électricité Faisait plus longue, ainsi qu'une lame d'épée, Le poème du lit et de la nudité...

Je me disais : « Demain, parmi les demi-teintes De l'aube, elle sera petite entre mes bras. Je mettrai tant d'amour dans ma dernière étreinte Que même en la quittant je ne la perdrai pas.

« Et qui sait? La chaleur de mon baiser, peut-être, Aura tant de pouvoir qu'elle demeurera... L'aube derrière les rideaux pourra paraître, Nous garderons la nuit contre nous sous les draps. »

Je me suis éveillé tout seul dans le jour pâle. Légère, elle avait fui pendant que je dormais. L'oreiller, tiède encore, dessinait son ovale. Le parfum de son corps dans la chambre embaumait.

Or, son baiser d'adieu flottait sur mon visage En partant elle l'avait mis à mon insu, Triste comme l'adieu, long comme le voyage Et ce fut le meilleur que j'ai jamais reçu.

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