François II
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courtisans et plusieurs dames ne s'en pussent engarder d'en rire, ne Posant pourtant manifester^ voyant la coUère de la reine; car c'estoit la dame du monde qui sçavoit le mieux rebrouer et estonner les personnes.
Uxi honneste gentilhomme et une damoiselle de la ^^^^ vindrent une fois, de bonne amitié qu'ils avoyent cnsexnble^^à tomber en haine et querelle, si bien que la demoiselle luy dit tout haut dans la chambre de ** i*<&ine, estans sur ce différent : « Laissez-moi, au-
• trement je diray ce que m'avez dit. » Le gentil- ÏK>ntune, qui luy avoit rapporté quelque chose en fidélité d'une très-grande dame, et craignant que ^*^^ ne luy en advint, que pour le moins il fust ^^^lUiy de la cour, sans s'estonner il respondit (car ** disoit très-bien le mot) : « Si vous dittes ce que je
* Vous ay dit, je diray ce que je vous ay fait. » Qui ^t estonnée? ce fut la fîUe; toutesfois elle respondit :
* Que m'avez- vous fait?» L'autre respondit : a Que ir vous ay-je dit? >» La fille par amprès réplique : a Je ' sçay bien ce que vous m'avez dit; » l'autre : a Je c sçay bien ce que je vous ay fait. » La fille duplique : « Je prouveray fort bien ce que vous m'avez dit; » l'autre respondit : a Je prouveray encbr mieux ce u que je vous ay fait. » Enfin, après avoir demeuré assez de temps en telles contestations par dialogues de répUques et dupliques en pareils et semblables mots, s'en séparèrent par ceux et celles qui se trouvèrent là, encore qu'ils en tirassent du plaisir.
Tel débat parvint aux oreilles de la reine , qui en fat fort en coUère , et en voulut aussitost sçavoir les paroles de l'un et les faits de l'autre, et les envoya
quérir. Mais l'un et l'autre^ voyant que cela tireroità conséquence , advisèrent à s'accorder aussitost ensemble^ et^ comparoissant devant la reine, de dire que ce n*estoit qu'en jeu qu'ils se contestoyent ainsi, et que le gentilhomme ne luy avoit rien dit y ny luy rien fait à elle. Ainsi ilz payèrent la reine , laquelle pourtant tansa et blasma fort le gentilhomme^ d'autant que ses paroles estoyent trop scandaleuses. Le gentilhomme me jura vingt fois que^ s'ilz ne se fussent rapatriez et concertez ensemble, et que la damoiselle eust descouvert les paroles qu'il luy avoit dites, qui luy tournoyent à grande conséquence, que résolument il eust maintenu son dire qu'il luy avoit &it^ à peine qu'on la visitast, et qu'on ne la trouveroit point pucelle, et que c'estoit luy qui l'avoit despuceUée. « Ouy, luy respondis-je; mais si on l'eust vi- « sitée et qu'on Feust trouvée pucelle, car elle estoil « fille, vous fussiez esté perdu, et vous y fust allé de « la vie. — Hà ! mort-Dieu ! me respondit-il, c'est ce « que j'eusse voulu le plus, qu'on l'eust visitée: je « n'avois point peur que la vie y eust couru ; j'estoîs « bien asseuré de mon baston; car je sçavois bien « qui l'avoit dépucellée, et qu'un autre y avoit très- « bien passé, mais non pas moy, dont j'en suis bien « marry ; et la trouvant entamée et tracée, elle estoit tf perdue et moy vangé, et elle scandalisée. Je fusse « esté quitte pour l'espouser, et puis m'en deffiûre « comme j'eusse pu. » Voila comme les pauvres filles et femmes courent fortune, aussi bien à droit comme à tort.
J'en ay cogneu une de très-grande part^ laquelle vint à estre grosse du fait d un très-brave et galhût
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rince '; on disoit pourtant que c'estoit ^en nom de lariage, mak par amprès on en sceut le contraire, e roy Henry le sceut le premier^ qui en fiit extreslement fasché^ car elle luy appartenoit un peu. outesfois j sans faire plus grand bruit ny scandale, I soir au bal la youlot mener dancer le bransle e la torché; et puis la fit mener dancer à un autre gaillarde et les autres bransles , là où monstra sa isposition et dextérité mieux que jamais^ avec sa lille qui estoit très-belle et qu'elle accommodoit si ien ce jour là^ qu'il n'y avoit aucune apparence de rossesse : de sorte que le roy^ qui avoit jette ses yeux >usjours fort fixement sur elle^ ne s'en apperceut on plus que si elle ne fîist esté grosse; et vint à dire un très-grand de ses plus familiers : « Ceux-là sont bien malheureux et meschants d*estre allés inventer que ceste pauvre fille estoit grosse; jamais je ne luy ay veu meilleure grâce. Ces meschans détracteurs qui en ont parlé ont menty et ont très-grand tort. » £t ainsi ce bon prince excusa cette fille et ooneste damoiselle, et en dit de mesmes à la reine »tant couché le soir avec elle. Mais la reine ^ ne se ant à cela, la fit visiter le lendemain au matin . elle (tant présente^ et se trouva grosse de six mois; tquelle luy advoua et confessa le tout sous la courne de mariage. Pourtant le roy, qui estoit tout bon, t tenir le mystère le plus secret qu'il peut, sans scanaliser la fille, encor que la reine en fust fort en colore. Toutesfois ils Tenvoyèreiit tout coy chez ses
1 . Cest rhistoire , dont il a dëjà été parlé , de Françoise de ohan, dame de la Gamache, et du duc de IVemours.
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plus proches parents, où elle accoucha d'un beau fils^ qui ipourtant fut si malheureux qu'il ne put jamais estre advoué du père putatif; et la cause en traisna longuement, mais la mère n'y put jamais riea gaigner.
Or^ le roy Henry aimoit aussi bien les bons contes comme les rois ses prédécesseurs^ mais il ne vouloit point que les dames en fussent scandalisées ny diYulguées; si bien que luy^ qui estoit d'assez amoureuse complexion y quand il alloit voir les dames , y alloit le plus caché et le plus couvert qu'il pouvoit, afin qu'elles fussent hors de soupçon et difiame. Et sil en avoit aucune qui fust descouverte, ce n'estoit pas sa faute ny de son consentement, mais plustost de la dame^ comme une que j'ay ouy dire, de bonne maison, nommée madame Flamin^^ d*Escosse^ laquelle, ayant esté enceinte du fait du roy, elle n'en fiiisoit point la petite bouche^ mais très-hardiment disoit en son escossiment ' francizé : « J'ay fait tant que j'ay pu, (v que, à Dieu mercy, je suis enceinte du roy^ dont je a m'en sens très-honnorée et très-heureuse; et si je « veux dire que le sang royal a je ne sçay quoy de « plus suave et friande liqueur que l'autre^ tant je « m'en trouve bien, sans conter les bons brins de « présents que Ion en tire. »
Son fils, qu'elle en eut alors ^ fut le feu grand prieur de France , qui fut tué dernièrement a Marseille'^ qui fut un très-grand dommage^ car c'estoit