LE PRINCE D'ORANGE
au roy d'Espaigne, qu'il* s'est veu n'avoir guières" de terres en Flandres, tant il luy avoit brouillé cet estât, et le brouilla encores de telle sorte que le roy d'Ëspaigne n'en pouvant avoir raison par guerre descouverte , il le fallut avoir par la couverte, où rien ne fut oublié pour en trouver force façons.
Enfin*, un pauvre maraut espaignol, biscain, qui s'appeloit Jehan Jaurégui, qui ayant esté presché et persuadé par quelques uns, ou plu^tost charmé ou ensorcelle,, entreprit de le tuer. Et un jour, estant entré dans sa salle, l'avant veu disner à son aise et ouy discourir de plusieurs crùautez que les Espaignolzavoient commis ^i Flandres, amprès avoir disné et s'en allant en son antichambre, et qui monstroit à ceux qui avoient disné avec luy, tant Flamans que François, comme messieurs de Laval ^, Bonnivet' et des Pruneaux % une tapisserie où estoient représentez quelques soldatz espaignolz usantz de leurs crùautez,
f . Qu'il^ le roi d'Espagne.
2. Le ms. 6694 (f* 1 1 4 v«) portait d'abord : « ung seul pouce. »
3. Le 48 mars 1582. Brantôme a emprunté presque textuellement le récit de l'assassinat du prince aux premières pages d'un petit écrit intitulé : 'Bnef recueil de Vassassinat commis en la per^ sonne du très illustre prince ^ monseigneur le prince et Orange. An- ▼ers, 1582, 62 p. in-8.
4. Paul de Coligny, comte de Laval, fils de François de G)ligny, seigneur d'Andelot, né en 1555, mort le i5 avril 1586.
5. Henri Gouffier, seigneur de Bonnivet, assassiné à Breteuil en 1589.
6. C'est la leçon que donne le ms. 6694. Le ms. 3262 porte par erreur : c des principaux, » ce qui est évidemment une faute de copiste y car la relation citée plus haut et de Thou mentionnent comme étant auprès du prince d'Orange, Sorbiers, sieur des Pruneaux.
voycy venir ce gallant, qui estoit si résolu en son faict qu'il tire un coup de pistollet chargé d'une balle seule, et l'attaint au dessoubz de Toreille droicte, et le perce de part en part, passant la balle par le pallais et sortant par la joue gauche, près la maschouère de dessus\ Ledict seigneur (comme despuis il dist) ne sçavoit que c'estoit, et pensoit qu'il y eust quelque ruyne d'une partie de la maison, car il ne sentoit point avoir esté frappé : toutesfois la veue luy esblouit quelque temps. A l'instant, les seigneiurs et gentilz* horTimes mirent l'espée au poing, qui donnarent des coups d'espée à travers du corps de ce pauvre diable; et fut M. de Bonnivet qui donna le premier coup, et le tuarent.
M. le prince, estant revenu à soy, cria : « Qu'on ne le tue pas ! » mais cela estoit desjà faict, luy mort. En telles choses si importantes, la vie d'un grand, op ne peut estre si sage et retenu (toutesfois il le faut pour sçavoir beaucoup de secretz), tesmoingt la mort du roy Henry troisiesme, nostre dernier roy. Cet Espaignol fut fouUié et visité. On trouva sur luy force billetz et oraisons qu'on luy avoit donnez luy faisant acroyre qu'il seroit invincible et invisible, qui fut cause qu'il entreprist ce coup ; mais il y fut trompé.
On dict que ce prince, estant revenu à soy, s'escria :
1 • Var. Je m'imagine que cest Espaignol, quand il yodat donner ce coup ainsin que ce prince advisoit ceste tapisserie d'Hespaignolz, que aussi luy les advisant de mesmes, qu'il les invoqua et implora ni plus ni moings que firent les conjurateurs du pauvre Caezar avant que coàimencer la dance : ilz se toumarent vers l'estatue de Pompée qui estoit là, pour l'implorer, afin de mieux asseurer leur coup, à quoy il les favorisa. (Ms. 6f694, i^ 112 r*.)
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a Ah! que son Altezze* pert aujourd'huy un bon ser- « vileur en moy ! » laquelle estoit pour lors à Anvers. Que si Ton n'eust trouvé beaucoup de choses dans les poches de cet Espaignol, le peuple se vouloit esmouvoir contre les François, car on ne sçavoit d*où venoit le coup ; mais en un rien qu'on eut leu et descouvert, le tout s'appaisa.
Cependant le prince se fit penser, et fut secouru si bien qu'il eschappa de ceste blessiœe. Et pour revanche, assurez-vous qu'il ne chauma pas à brouiller Testât pis que jamais contre le roy d'Espaigne, et luy faire le pis qu'il peut. Mais comme ce qui doit estre ne peut faillir, et que nos vies et nos mortz et leurs façons et genres de les mener, filer et achever, sont destinées et escriptes*, il fut tué quelques années après fort estrangement, et vous le vays dire, ainsi que je l'ay appris d'un gentilhomme qui estoit lors en la ville de Delphe*, où il* mourut, et que les nouvelles en vindrent à la court, où j'estois.
Il faut donc sçavoir que, quelques six pu sept ans advant sa mort, fut faicte une entreprise sur la ville de Bezançon en Bourgoigne, dicte la Franche-Conté, par la menée de M. le prince', lequel estoit maire perpétuel de ladicte ville; et s'ayda, pour la conduicte, d'un certain homme de là qui conduisoit tous ses autres affaires, lequel se nommoit Briet*. Mais la ville