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Voyez le Décamérony journée X, Nouvelle IX

très admirable, pour avoir quasi traverse toute la chrestientéy déguisé en simple marchand, pour en venir recognoistre les forces des chrestiens, et sur tout des François, leurs formes et façons de faire et leur parler. Après donc qu'il eut faict et parfaict tant de belles choses contr'eux, il faict trembler tout l'Orient . devant son nom et ses armes : mourant en la cité d*Ascalon, ordonna, après son trespas, que sa chemise fust portée sur une lancé à travers toute la ville par un sien escuyer, héraut ou trompette, faisant un tel cry à haute voix : « Le roy de tout TOrient , qui l'a tant filîct craindre soubz soy, est mort, et n'emporte de tous sesbiensavecluy que cela\ » Voylà la pompe funéralle dont se contenta ce grand prince.

Nos roy s, nos empereurs, nos grandz princes et capitaines chrestiens ne se contentent de si peu, et font bien ; car certes telz honneurs que l'on deffère en leurs funérailles sont beaux et fort à estimer; et croy que telles magnifficences n'offéncent point Dieu, puisque messieurs les grandz supérieurs de l'ÉgKze le permettent, voire s'en veulent ressentir, conune je l'ay veu et d'eux et de nos roys, qui sont belles, certes, dévotîeuses, contrites et pitoyables. Les anciens empereurs romains ont porté la plus grand pai^ des façons; mais nous en avons converty leurs abus eii une

I . Bran^me a puisé ce fait dans l'éloge de Saladîn'par P. Jove, qui parle aussi du récit de Boccace. Voyez Elogia virorum bellica virtute illustrium^ Florentiae, 4551, in-f», p. 28, 29. Plusieurs auteurs chrétiens ont raconté ces particularités de la mort de Saladin, qui ne sont rapportées par^ aucun historien musulman, Voyez la Bibliothèque des Croisades^ par MM. Michaud et Reinaud, tome 1 , p. 582, et tome 7, p. 361 .

CiESAR BORGIA, 203

bonne, pure et saincte religion, et pie c^rëmonie. J'en parle ailleurs.

Pour retourner encor à nos autres grandz capi- CaesarBorgia* laines, que je ne \eux encor délaisser, Machiavel ' et ses bons averlans* ou adhërans ont fort loué Caesar Borgia, et mis au rang des grandz capitaines, comme certes en son vivant il l'a faict paroistre par aucuns beaux exploictz. Voyez-en les histoires italienes et auties, et mesmes Guichardin. Et pour ce ne veux faillir à le colloquer en ce rang, tant parmy les Italiens que les Espagnolz, et il Testoit.

Il ftit fîlz de Roderigo Boipa, natif de Valance, et puis pape nommé Âllexandre. Et* quel pape! Dieu le sçait et ses effectz l'ont monstre; tesmoing les bons tours, veux-je dire meschans, qu'il fit à nostre roy Charles VIII*, et au pauvre frère du Turc qu'il rendit tout empoisonné*, et la confédération qu'il eut avec le Turc mesme, contre tout devoir d'un chrestien. Ce

I • César Borgia, troisième fils naturel du pape Alexandre VI et de Julie Famèse, dite de Yanozza, fat d'abord cardina], puis quitta la pourpre, se maria, fut créé duc de Yalentinois par Louis XII et périt au siège de Viana (Navarre) en 1507.

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