‹ Œuvre complètesChapitre 187 sur 267 · La saquebute était une espèce de serpent d'église · texte numérisé non relu

La saquebute était une espèce de serpent d'église

Ces pelittes particularitez, encor qu'elles ne plairont à tous, autres y prendront plaisir pour veoir ceste antiquité et comme la maison du roy de ce temps estoit composée et de quelle sorte de gens, et comm' elle estoit grande et trainoit aveq' soy un grand attirail et bagage, inutile pourtant; encor cela frapoyt quant il n'y avoyt grand danger ny trop d'advantage de Tenemy.

Le roy avoit pour grand mareschal des logis, ainsin le nomme-il, au lieu que nous le nommons mareschal de camp aujourd'huy , ung noble homme sage conseillier et maistre d'ostel nommé Pierre Valletaut, dict Louis, lequel avoit si bien veu et praticqué toute Tltaheque par gï-and'curiosité et dilligeiice (dit le livre) bailla par escript en beaus petitz rollels au roy et à tous ses mareschaux tous les lieux, citez, villes, chasteaux, bourgs et villages de ce voiage, et si narroit et donnoit à entendre la scituation des logis, c'est assavoir s'ilz estoient en plain ou montées, en vallées ou bien s'ilz estoient prez de bois, de predz, de rivières, de ruisseaux, de grosses villes, moiennes, petites, ou prez de mer, qui fut une chose de grand estime et de grand soing, tant pour l'adresse et conduitte du roy que pour son armée et son train. Il falloit bien dire que cest homme eust bien veu et retenu ceste Italie, chose rare pour lors, ne s'estanls les Françoys par trop despaysez par delà comme aujourduy, et qu'il fut bien suffisant de son estât, bien dissemblable de plusieurs de noz mareschaux que nous avons veu et voions tous les jours qui ne scavent pas la contrée ni le plan de la moindre provmce de France. En tout ce grand arroy, aequipage et compaignie, s'a-

chemina ainsin le roy en son dict voiage si heureusement que le monde venoit au devant de luy porter les clefz par où il passoit et y faisoit son entrée. Gest autheur que je dis raconte de journée en journée les lieux où le roy passa jusques dans Naples, que je mettrois icy par escript, .mais ce seroit trop long.

Si conteray-je encor' ceste particularité que quand le roy fist son entrée à Fleurance, outre Tordre qu'il descript de toute son armée marchante, y avoit parmi les gens d'armes et gens de pied si grande quantité de trompettes, clairons, coriîetz et tabourins qu'ilz faisoient trembler toutes les f talles. Apprez entroient les deux cents arbalestiers, et puis les archiersde la garde tous et chacuns d'eux à pied et en belle ordonnance, armez de brigandinesS gardebras, gorgerins et claires sallades, aveq' aussi leurs arcz et trousses^ espées et dagues poignantes, et si avoient leurs hoçquetons d'orfebveries moult richement faictz, qui estoient très plaisans à veoir, dont les Italiens s'en esmerveilloient fort, outre qu'ilz estoient tous beaux et très puissans hommes (car de ce temps on les choisissoit tous fort grands et hauts, pensans qu'ilz fussent plus mauvays et frapassent mieux que les autres), et avoient aprez eux leurs cappitaines, c'est assavoir, le seigneur de Cressol, Claude de la Chastre, et son filz ^, le sieur de la Conqueboume, lieutenant du seigneur d'Aubigni, tous armez et richement accoutrez. Icy voiez comme

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