Voyez plus haut, p
lant point mettre en hazard si peu de gens de bien qu'il avoit là. Parquoy donc il capitula avec son ennemy, ce grand capitaine Gonzalvo, avec la plus belle et honnorable composition qu'il se peut dire, et qu'oncques assiégé fit'. Il en part, il s'en retourne, passe par le mitan de tout le royaume de Naples et de toute l'Italie, lui et tous ses gens, là lance sur la cuysse, armé de toutes pièces; tient les champs, vist à discrétion et de gré à gré partout où il loge ; marche tousjours en forme de guerre ; rapporte sa vie et son honneur de lui et de ses compagnons^ leurs bagues et butins sauvés; rentre ainsy en France, avec grand' admiration de tout le monde ; vient jusques à Bloys, en tel ordre, faire la révérence au roy son maistre et reyne sa maistresse, qui lui firent tel honneur de le voir ainsy arriver en un si bel arroy qu'après lui avoir faici bonne chère et grand honneiu*, et à ses compagnons, ne se peurent saouler de louer sa valeur et vertu et de lui et d'eux, et les récompenser.
Je l'ay ainsi ouy raconter à feu madame la seneschale de Poictou, ma grand-mère, qui estoit lors à la court, et à qui M. Louys d'Ars, comme son bon parent, fit un présent d'un grand linceul de rezeur* de soye cramoisie, tout ouvré d'or et d'argent en personnages et de petis bestions, la chose aussi bien labourée qu'on sçauroit voir, et estimée à quatre cens escus. Il est bien encor assez en son entier en nostre maison; et M. Louys d'Ars le luy donna pour son
i . En i504. Voyez Guichardin, livre VI. 2. Rezeuii^ filet, broderie.
partage de butin qu'il avoit faict vers Naples; car il Taymoit et honnoroit fort comme sa parante.
Je prie donc un chacun admirer ce traict* de ce vaillant capitaine, et juger par celui-là quels peuvent estre les autres infinis qu'il a faicts en France, en la liombardie, au royaume de Naples, en la Romagne et ailleurs; lesquels pour couronner Thonnorable mort qu'il fit à la battaille de Pavye nous en servira d'une ample instructiot), encores qu'aucuns le voulurent soupçonner d'estre trop amy, et plus qu'il ne debvoit, de feu M. de Bourbon'. Il le pouvoit bien estre, mais non pour cela ennemi du roy son maistre, comme l'a monstre le sacrifice qu'il fit de sa vie.
M. de la Trimouille a esté en son temps un très bon M. de la et un très sage capitaine ; et pour ce il eut cest bon- Tnmouille . neur et bonheur d'avoir porté le tiltre de Chevalier sans peur et sans reproche. Beau titre, certes, qui le peut garder et entretenir jusqu'à la mort ! Mais ce maudict honneur est tant subject à se casser, qu'il n'y a verre qui le soit davantage ; de sorte qu'encor après le trespas il est disputable, et sur tous celuy des gens de guerre : je m'en rapporte à eux pour voir ce qu'il/ en diront. Ah ! combien s'en est-il veu, et de nos pères et de nos temps, que l'on a tenus les plus braves et
i • La défense de Venosa.