Léans^ c'est-à-dire dans la ville
M. DE LA TRIMOriLLE. 395
lement luy, mais plus de six mille, ou sur le haut de la trenchée. Soudain voylà une salve d'harquebuzerie si menue que ce fut à qui se sauyeroit ou dans la trenchée ou à l'escart, comm' on pouvoit; mais on vist ce grand, monté sur une petite hacquenée blanche, qui n'eust pas Tasseurance de se jetter dans la trenchée comme nous autres, mais se mit à la fuitte à si grand erre devant tout le monde, et avec si ^nd peur, qu'il sauta un canon, cas estrange ! et fuit jusques à un cart de lieue de là. Aujourdhuy il est estimé le plus vaillant homme du monde. Un brave capitaine des nostres, Provençal, qui s appelloit Cabazzole, y fut tué avec d'autres ainsi à Fimproviste, dont fut .grand dommage; et M. de Guise se fascha fort audict baron d'avoir esté cause de tout ce désordre.
A la bataille de Dreux , fuirent avec plusieurs autres, deux très grands capitaines qu'on tenoit des Caesars et très vaillans, entr 'autres un qu'on tenoit sans peur\ et gaignarent le haut fort vilainement.
A la grand' escarmouche qui fut faicte le jour de la my-caresme à La Rochelle* (qui fut des belles qu'on
i . Pierre d'Ossnn, à qui Brantôme a consacré ailleurs un long article et dont de Thou parle en ces termes : « P. d'Ossan, dont la valeur reconnue dans les guerres du Piémont étoit passée en proverbe et proposée comme un modèle, fut d'abord saisi de je ne sais quelle terreur panique. Il manqua de courage, et, croyant la bataille perdue, il s'enfuit. Il en fut si honteux et si chagrin qu'il se disoit indigne de vivre. I^es officiers généraux, ses amis et le duc de Guise, qui venoient souvent le voir, eurent beau le consoler et justifier son action, leurs paroles ne firent aucune impression sur son esprit, et il se laissa mourir de faim. » Traduction française , livre XXXIV. — Cf, d'Aubigné, tome I, livre m, ch. xv, col. 237.