Cebt une carte (un coup) à refaire une antre fois
paignon certes, le trouva bon et se mit à rire, et sur tout le grand maistre. Et sur ce, ledict sieur André demanda cartes et dez pour jouer; car je Tay veu qu'il estoit un très grand joueur.
Il y avoit parmy nous autres François un capitaine, enfant de Poictiers, qui s'appelloit La Roue, gentil soldadin certes, mon grand amy, et qui n'avoit que lespée et la cappe, et son jeu; car il estoit un très beau joueur. Il s'estoit despaysé et avoit demeuré huict ou neuf ans parmy les gallères de Gènes , de Naples , de Scicille, d'Espaigne, et parmy toutes ces villes maritimes, faisant tousjours voyages, et mesmes avec le seigneur Jehan André, qui le cognoissoit fort famillièrement et jouoit fort souvent avec luy ; car c'estoit la couche * ordinaire de cinq à six milF escus d'un coup de dé.
Un jour ilz vindrent à jouer. Le seigneiur Jehan André vint à perdre contre luy quelques dix mill' escus. Il lui demanda après s'il vouloit jouer contre une de ses gallères pour vingt mill' escus qu'il luy monstra. L'autre le voulut, et le dé escheut au sieur Jehan André. Il livre chance*; le capitaine La Roue lui couche tout d'im coup dix mill' escus. Le seigneur André luy quicte le dé, contre sa coustume pom*tant, en disant : « Je « ne veux pas que ce jeune capitaine advanturier, qui « n'a de quoy perdre, me gaignema gallère pour s'en a aller triumpher en France à mes despans et de mon ce honneur, et qu'on die : Voylà une des gallères dé
i . Le premier enjeu.
2. « Chance^ premier coup de dés qu'on jette pour en faire jouer un autre. Ainsi on dit livrer chance à quelqu'un pour lui donner lieu déjouer un coup ensuite. ■ {Dictionnaire de Trépoux.)
Jehan André qu'un tel luy a gaigné. d Et le disoit tout en riant, car pour les biens il s'en souçyoit peu, n'estant de son naturel avare, et aussi que le roy son maistre* l'appoinctoit très bien et luy faisoit de grandz estatz, ainsi qu'il les méritoit. Aussi le servoit-il bien partout où il s'est trouvé , comme il fit à la battaille d'Elepantho, là où il monstra tous les efTectz d'un bon capitaine de mer et de bon soldat.
J'ay ouy dire'qu'un de ces ans, depuis la trefve faicte entre le roy d'Espaigne et le Grand-Seigneur, ilz se rencontrarent, luy et L'Ochaly *, en quelque contrée de la Barbarye, et ce en pleine mer, chascun autant de gallères l'un que l'autre ; et pouvoient avoir cinquante gallères chascun. Pour l'observance estroicte de la trefve, ilz ne se demandarent rien en le faict d'hostilité; ains, s'estans entrecogneuz les uns les autres, arrestarent leurs gallères, et se mirent toutes en joly (c'est un mot de gallères que l'on use quand elles ne voguent en advant ny en arrière et qu'elles font halte); et sur ce, tant d'un costé que d'autre, s'entre-saluèrent de canonnades et arquebuzades qu'on n'eust pas ouy tonner ; et puis se despartirent ainsi, non, à mon advis, sans regretter et plaindre la loy de